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Une pub moqueuse de Samsung dans l’œil de Francis Pelletier

Infopresse fait appel à des créatifs de l’industrie pour commenter et analyser des campagnes internationales qui ont suscité l’intérêt. Cette semaine, Francis Pelletier, directeur artistique d'Écorce, se penche sur une offensive de Samsung qui tourne en dérision son concurrent Apple.

On met la table

Au lieu de présenter un nouveau produit, Samsung a dévoilé une pub pour se moquer de son principal concurrent: Apple. Samsung énumère les défauts de l'iPhone depuis sa première version, tout en comparant les téléphones d'Apple avec sa gamme Galaxy pour mettre ses qualités de l'avant. 

Voyons ce qu'en dit Francis Pelletier 

Gifle ou uppercut?

Xe ronde d’un combat sans fin entre Apple et Samsung. Ici, ce dernier entre dans l'arène le torse peut-être un peu trop bombé.

Samsung met en scène les 10 dernières années de consommation mobile d’un personnage qu’on dirait tout droit sorti de la télésérie This Is Us, au grand capital de sympathie et au regard aussi tendre qu’un chiot de trois mois. Nous voyons donc ce gentil garçon se procurer différents modèles de téléphones Apple pour en vivre chaque fois les désagréments, qui, oui, peuvent être nombreux (mémoire insuffisante, écran trop petit, faiblesse d’étanchéité, suppression de l’entrée pour écouteurs, etc.).

Certains parallèles visuels, comme l’auto remplie à ras bord pour démontrer la mémoire pleine empêchant notre nouveau meilleur ami de prendre une photo, sont amusants, mais pas toujours convaincants. La scène du quai où les personnages se poussent à l’eau (oh, folie juvénile quand tu nous prends!) semble un peu trop forcée et pas vraiment naturelle. Les qualités mises de l’avant du téléphone Samsung par rapport à l'iPhone semblent parfois anecdotiques, surtout lorsqu’on sort un stylet qui fait plutôt émaner une odeur de vieil agenda Palm.

En 60 secondes, on nous montre plus souvent les produits Apple que ceux de Samsung, ce qui semble un terrain glissant, compte tenu du succès obtenu par le design de l’objet ainsi que l’expérience positive associée au déballage d’un iPhone, qu’on met en scène trois fois plutôt qu’une. 

Le parcours du protagoniste (il part aux études en 2007) pour terminer 10 ans plus tard et faire le choix éclairé d’un homme mature, soit de finalement laisser tomber Apple, comme on laisserait tomber un vieil amour du cégep, est particulièrement réussi. Léger détail, lorsqu’il tourne le dos à la file d’attente devant un Apple Store, après avoir croisé une coupe de cheveux innommable au regard condescendant, le bâtiment en arrière-plan aurait pu être plus moderne et épuré pour démontrer le tournant vers la modernité. Au lieu de cela, l'on nous offre un bâtiment historique qui évoque plutôt la complexité vieillissante de l’expérience du système d’exploitation, mais bref, peut-être que je m’égare un peu... 

Le jeu de la comparaison et du bashing ne se fait malheureusement pas sans heurts. Vouloir descendre l’autre pour mieux se remonter laisse plutôt une impression de faiblesse, surtout lorsque les chiffres démontrent clairement que les profits de Samsung dans la catégorie premium des téléphones intelligents sont toujours plus faibles que ceux d’Apple. Le petit chihuahua jappe fort, mais n’impressionne pas trop au final. Accordons quand même une mention très honorable à Samsung pour être un des seuls concurrents à se tenir encore debout et à se présenter dans l'arène face au géant de Cupertino.

Bref, c’est une bien belle gifle, mais nous sommes toujours loin de l’uppercut qui met K.O.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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