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Des publicités Facebook financées par la Russie

À la chronique Bêtes de pub cette semaine, Arnaud Granata, éditeur d’Infopresse, et Stéphane Mailhiot, vice-président, stratégie, de Havas Canada, reviennent sur des publicités Facebook soupçonnées d’avoir été financées par la Russie dans la dernière campagne américaine. 

Difficile de ne pas revenir encore une fois sur les dernières élections présidentielles, près d’un an après leur tenue. Facebook est dans l’eau chaude, après avoir remis au Congrès lundi, 3000 publicités que le Kremlin aurait commanditées.

Arnaud Granata

Infopresse

Au total, 100 000$ ont été dépensés pour cette campagne d'influence sur le réseau social entre 2015 et 2017. L’offensive aurait touché environ 10 millions de personnes aux États-Unis, sans que Facebook n’en soit vraiment conscient. Le géant américain «ne peut dévoiler la nature exacte de ces publicités». Il s’agirait cependant de messages pour diviser les Américains sur les enjeux les plus controversés de la campagne soit les armes à feu, l’immigration et la communauté LGBTQ.  

Mark Zuckerberg a partagé sur son «fil de presse personnel», Facebook donc, qu’il ne voulait que «personne n’utilise cet outil pour saper la démocratie et que c’était contraire à ses principes.»

«C’est fou de penser que la machine échappe même à Mark Zuckerberg, explique Arnaud Granta. Toutes les publicités que l’on voit sur Facebook sont automatiques, c’est-à-dire qu’un petit commerçant de quartier peut bâtir sa propre publicité, en déboursant un petit montant. On peut également cibler des choses très précises, des gens de Rimouski, entre 18 et 35 ans, par exemple». Aucune vérification n’est donc effectuée par les normes canadiennes de publicité. 

Le quotidien New York Times dévoilait récemment que Facebook ferme en moyenne un million de comptes par jour pour violation de règles communautaires. Le réseau compte 2 milliards d’utilisateurs. 

Stéphane Mailhiot

Havas

Historiquement, les campagnes sur Facebook étaient presque gratuites. Les annonceurs pouvaient se créer une communauté et ainsi mieux la cibler. «Aujourd’hui, si on veut rejoindre ces gens, on doit payer. Facebook a encouragé les marques à développer des communautés pour ensuite les prendre en otages, pour leur vendre de la publicité», soutient Stéphane Mailhiot. Et selon Arnaud Granata, c’est aussi ce qu’ils sont en train de faire avec les médias.

Le fondateur de Facebook  propose une solution pour contrer le phénomène. Facebook engagera 1000 personnes supplémentaires afin de renforcer l’équipe de vérification du contenu de la pub, mais également du contexte dans lequel elles sont achetées et où elles sont publiées. Il avait déjà annoncé au mois de mai, une flotte de 3000 modérateurs pour ces mêmes vérifications. 

2020

Le fondateur de Facebook a entamé en début d'année, une tournée nationale à la rencontre des habitants des États-Unis, laissant présager une éventuelle candidature. 

«On ne peut s’empêcher de lui prêter des intentions politiques, souligne Catherine Perrin, animatrice de Médium large, en pointant du doigt les élections présidentielles de 2020. Si cette machine devait être à son service comme candidat présidentiel, ça donne le vertige».

 «Si vous pensez que le débat à savoir si Pierre Karl Péladeau peut garder ses journaux est important, attendez de voir celui-là», ajoute Stéphane Mailhiot.

«Comme les idées de Mark Zuckerberg sont progressistes, ça passe évidemment mieux. Mais le réseau social a tout de même un poids énorme.  Facebook affichait d'imposants résultats à la fin du mois de juillet: 71% d’augmentation du bénéfice net, 3,9 milliards$, et une augmentation du tarif de la pub de 171% du coût par 1000», conclut Arnaud Granata.  

Aussi au programme cette semaine: l’image de la Catalogne et de Barcelone désormais indissociables, le marché féminin des armes à feu et le marketing expérientiel. 

Retrouvez l’intégralité de la chronique Bêtes de pub diffusée le jeudi à l’émission Médium large de Radio-Canada Première.

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