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Brian Myles: l’irréductible Gaulois

En lice pour être sacré meilleur média numérique à l’édition nord-américaine du concours North American Digital Media par le groupe World Association of Newspapers and News Publishers, Le Devoir a parcouru du chemin depuis sa fondation par Henri Bourassa en 1910. Le virage numérique à 180 degrés s’est toutefois opéré depuis l’arrivée de Brian Myles à la direction du journal en 2016.  

Le Devoir est un peu les Gaulois de la presse indépendante au Québec. Contrairement aux autres joueurs dans le paysage médiatique d’ici, le journal croit encore à un modèle de revenus fondé principalement sur ses abonnements, et le défend farouchement sur toutes les tribunes.

Et elles ne manquent pas par les temps qui courent, notamment avec tous les débats entourant la politique culturelle canadienne énoncée récemment par la ministre Mélanie Joly et la crise des médias souffrant de la perte des revenus publicitaires, se retrouvant en grande partie dans les mains du duopole que forment Facebook et Google, pour ne nommer qu'eux.

IL FALLAIT POURSUIVRE LE VIRAGE NUMÉRIQUE, SANS METTRE DE CÔTÉ LE PAPIER, QUI JOUIT D’UNE BASE FIDÈLE DE LECTEURS.

C’est dans ce contexte que Brian Myles s’est retrouvé à la barre du quotidien après y avoir travaillé pendant 20 ans comme journaliste spécialisé dans les affaires judiciaires. Il reprenait là où Bernard Descôteaux – en poste depuis 1999 – avait laissé. «La première chose qu’on souhaitait mettre de l’avant était l’application mobile, qui n’existait pas en 2016 autrement que par l’application tablette et le site web semi-adaptatif», explique Brian Myles.

Cela a été son premier cheval de bataille. «Il fallait poursuivre le virage numérique, sans mettre de côté le papier, qui jouit d’une base fidèle de lecteurs.» Il devait donc contenter ceux-ci tout en attirant une nouvelle clientèle qui se trouve sur les plateformes numériques.

Un virage serré

Le Devoir avait un rattrapage à effectuer par rapport aux autres médias qui peuvent compter sur un plus gros bas de laine et ont pris la courbe numérique plus vite. Une des premières mesures adoptées à son arrivée a été de renouveler l’équipe de rédaction avec le départ de la rédactrice en chef Josée Boileau. Luce Julien a ainsi pris son poste. À ce changement s’est ajoutée la création d’une double direction de l’information: direction de l’information et direction de l’information numérique à égalité dans l’organigramme.

Ainsi, Florent Daudens a été embauché comme directeur de l’information numérique. Des budgets ont été dégagés, de même que des ressources vidéo pratiquement inexistantes. «Cela fait partie du nouveau positionnement: Le Devoir est sur appareil mobile, fait de la vidéo. Ce n’est pas un journal, mais un média.»

Il était jusqu’alors pensé comme un produit papier qu’on déclinait sur les plateformes numériques. «Je veux que chaque plateforme ait son propre contenu. Et qui dit mobile dit vidéo, on n’a pas le choix. On propose aussi du journalisme de données avec des cartes interactives.» Le dirigeant se donne un horizon de cinq ans pour aller là où il voit Le Devoir. Il rappelle toutefois que ce «virage» ne sera jamais totalement fini. «Il s’agit d’une mutation radicale de notre rapport au savoir, à la technologie et à l’interaction humaine.» La situation des médias dits traditionnels n’est en effet pas différente que celle que vivent les hôteliers par rapport à Airbnb, les chauffeurs de taxi avec Uber ou les détaillants de grande surface avec Amazon ou eBay.

TU NE PEUX PAS TE PERMETTRE D’ENGLOUTIR DES FONDS FARAMINEUX DANS LE DÉVELOPPEMENT TECHNOLOGIQUE. 

Sa philosophie est inspirée de celle que le quotidien The New York Times a développée au début de son virage numérique à l’époque où Jim Roberts était responsable de la stratégie numérique: «Fail fast, fail cheap». «Tu ne peux pas te permettre d’engloutir des fonds faramineux dans le développement technologique. Il faut expérimenter à faibles coûts et vite retirer nos billes si l'on se trompe.»  

Des campagnes de publicité audacieuses

Depuis l’année dernière, deux campagnes ont fait du bruit et ont contribué à changer la perception du Devoir auprès de la population. «Le Devoir était un peu prisonnier de son image plus sérieuse, mentionne Brian Myles. Il fallait être audacieux et aller là où les gens ne nous attendaient pas.»

Christiane Benjamin, vice-présidente au développement, a été la première à penser à l’humoriste Adib Alkhalidey comme porte-parole pour le lancement de la campagne mobile. «Son humour est intelligent et il est un lecteur assidu du Devoir. Le concept qu’il nous a proposé était tout à fait dans l’esprit de notre démarche.»

L’audace a été poussée encore plus loin quand est venu le temps de mettre en branle la campagne de philanthropie Je soutiens Le Devoir. «On s’est inspiré de la saga des fausses nouvelles pour lancer un message à la population. Des partenaires se sont prêtés au jeu pour dire que la vérité est que Le Devoir a besoin de vous.» Cela montrait selon Brian Myles que le média peut être ludique et provocateur, chose qui ne ressortait pas dans la perception du public.

Cette initiative est aussi en nomination à titre de meilleure campagne de publicité numérique au concours North American Digital Media du groupe World Association of Newspapers and News Publishers.

Le Devoir de demain

De nombreux changements seront apportés pour offrir des contenus qui plaisent à tous les goûts, «sans toutefois dénaturer ou sacrifier l’ADN à la base du média, qui demeure d’être la destination de débats, de réflexion et d’analyse». 

ON NE DÉVALUERA JAMAIS LA MARQUE ET LA QUALITÉ POUR LAQUELLE ELLE EST RECONNUE AVEC DES VIDÉOS DE CHATS MIGNONS ET DES TOPS 10 DES STARS LES PLUS BELLES OU LES PLUS LAIDES.

«Le Devoir, c’est un carrefour d’échanges et d’idées pour ceux qui veulent participer à l’évolution et à l’essor du Québec, appuie Brian Myles. On ne dévaluera jamais la marque et la qualité pour laquelle elle est reconnue avec des vidéos de chats mignons et des tops 10 des stars les plus belles ou les plus laides.»

Les prochaines haltes routières sur l’autoroute numérique seront la refonte de l’application tablette et du site web «qui sera 100% adaptatif, épuré et qui tiendra compte des nouvelles réalités». Le Devoir pense aussi être en mesure d’amener une nouvelle ronde de financement par afflux de capitaux, ce qui ne s’est pas vu depuis 1995.

Consultez le dossier complet des personnalités Infopresse 2017.

 

Photo: 
Photographe: Geneviève Caron (FH-Studio)
Maison de production: FH Studio
Production: Charles Massicotte
Coordonnation à la production: Michel Beauchemin
Production exécutive: Fayçal Hajji
Assistance à la photo: Philippe-Michel Desrosiers
HMUA: Éloïse Bourbeau
Stylisme: Léa Grantham
Direction artistique de plateau: Jeremy Sandor & Eric Chiasson

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