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Yoshua Bengio: pionnier de l’intelligence artificielle

Véritable star de l’intelligence artificielle (IA), Yoshua Bengio a réussi à mettre Montréal sur la carte et à convaincre les Facebook, Google et Microsoft de ce monde d’investir des millions dans la ville, qui pourrait bien devenir la «Silicon Island» de prochaine génération. 

Fondateur d'Element AI, professeur à l’Université de Montréal, directeur de l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal (Mila), ambassadeur pour la nouvelle initiative Technopolys, directeur scientifique d’Ivado, codirecteur du programme de l’Institut canadien des recherches avancées, Yoshua Bengio enfile les titres au même rythme que les millions des géants internationaux.

«CES INVESTISSEMENTS ONT PERMIS DE CRÉER UNE CONCENTRATION DE CHERCHEURS ICI.»

En 2016, Google s'est engagée à verser 4,5 millions$ au Mila. Élément AI a obtenu en juin dernier un financement de 137,5 millions$ provenant de Microsoft, Intel et Nvidia. Plus récemment, Facebook a annoncé qu’elle jetait ses pénates à Montréal en ouvrant un laboratoire de recherche en intelligence artificielle. L’argent semble pousser des arbres enracinés là où le chercheur se trouve.

L’apprentissage profond est maintenant sur toutes les lèvres et les entreprises y voient leur nouveau salut pour se démarquer de la concurrence.

L’intelligence artificielle, d’hier à aujourd’hui

Reconnu comme un des trois plus grands experts mondiaux en IA, Yoshua Bengio l’a observée pendant qu'elle grandissait dans les années 80 pour atteindre sa première période de gloire en 1990, puis sombrer dans l’oubli jusqu’en 2010 après quoi elle a pu renaître de ses cendres.

«Les attentes avaient été déçues, notamment en raison de certains joueurs qui avaient recouru à un marketing trop prometteur, alors que le produit final ne livrait pas les promesses, explique le chercheur. Au début de 2000, plus que quelques groupes travaillaient à l’IA au Canada et ailleurs.» Yoshua Bengio était l'un de ceux n'ayant jamais cessé d’y croire.

Des premières caisses bancaires qui lisaient les chèques, produites par le scientifique français Yann LeCun, recruté par Facebook et lui, les applications de l’IA ont décuplé. Elles font désormais partie intégrante de nos vies, que ce soit la recherche d’images en ligne, les assistants vocaux comme Siri et Cortana, ou les algorithmes pour connaître les habitudes et intérêts d'un groupe.

Le marketing de demain, lui, reposera sur le développement de la compréhension du langage. «Les progrès en apprentissage automatique lié au langage permettront de lier des sources d’information pour mieux promouvoir un produit et trouver des renseignements clés.»

Un développement au stade de grenouille

Il ne faut pas se leurrer, l’intelligence créée artificiellement n’est encore qu’au stade… de la grenouille, a confié le chercheur lors de son passage à Tout le monde en parle au début de 2017, en le comparant à celui de l’intelligence humaine.

Raison de plus, selon lui, pour ne pas cesser le financement dans la recherche fondamentale. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs investi 100 millions$ dans ce domaine à Montréal ces dernières années. «Ces investissements ont permis de créer une concentration de chercheurs ici.»

PLUSIEURS QUÉBÉCOIS ET FRANÇAIS REVIENNENT DES ÉTATS-UNIS POUR S’ÉTABLIR ICI. 

Ce n’est pas seulement l’intelligence qui n’est pas encore arrivée à maturité. La part de marché de l’IA en matière de développement commercial demeure relativement minuscule. «Ça ressemble au moteur à explosion ou à l’électrification que seule une poignée de personnes avaient développés au XIXe siècle et qui n’occupaient pas une grande place dans l’économie, soutient-il. Sauf que 50 ans plus tard, c’était partout. C’est probablement ce qui va se passer avec l’IA, qui pourra être utilisée dans toutes sortes de secteurs économiques.»

Rester ou partir

L’exode des cerveaux vers la «vallée» californienne demeure un problème que bien des domaines scientifiques vivent depuis longtemps, notamment en raison du salaire avoisinant le million qu’ils peuvent toucher ailleurs. Le bassin de chercheurs en IA a pourtant décidé de rester ici, un choix qui s’explique par plusieurs facteurs circonstanciels.

«Peu d’universités anglophones ont fait le même choix que nous de concentrer autant de gens dans le même domaine», mentionne d’abord Yoshua Bengio. Il a, pour sa part, décidé de bâtir quelque chose ici plutôt que dans la «vallée». Une telle décision a contribué aux succès obtenus, lesquels ont incité d’autres à faire de même: un cercle tout sauf vicieux qui avantage Montréal. «Plusieurs Québécois et Français reviennent des États-Unis pour s’établir ici. Ça ne serait pas arrivé s’il n’y avait pas toute cette effervescence autour de l’IA.»

Démocratiser l’IA

La sommité en apprentissage profond est reconnue comme telle aussi pour tout son travail de vulgarisation afin d'arriver à traduire toute la complexité aux entreprises désireuses de passer en troisième vitesse. La création d’Element AI en 2016 avait notamment pour objectif de transposer «les plus importants travaux de recherche en IA à l’échelle mondiale en applications transformatrices».

Yoshua Bengio est aussi nouvellement ambassadeur de Technopolys, une initiative du milieu des affaires, des universités et des associations, qui vise à faire de Montréal une marque technologique, dans le but de «générer un sentiment de fierté collective et une mobilisation sans précédent de l’industrie».

Une démarche a été également entreprise au Mila pour augmenter le nombre de professeurs pouvant enseigner l’IA et la quantité d’étudiants au doctorat. Pour le moment, l'effectif formé dans ce domaine ne suffit pas à la demande des organisations. «Des formations plus courtes permettraient de former plus de gens, insiste-t-il. Cela aiderait l’économie et faciliterait l’accessibilité aux entreprises qui ne peuvent se permettre d’embaucher d’étudiants dans ce secteur.»

DES FORMATIONS PLUS COURTES PERMETTRAIENT DE FORMER PLUS DE GENS.

Yoshua Bengio montre également une volonté de faire le bien avec l’IA, par des applications avec un impact positif dans la vie des gens d’un point de vue sociétal et humanitaire. «Au Mila, nous souhaitons participer au débat social sur les enjeux éthiques entourant l’IA.» Parce que le développement de la technologie vient avec une responsabilité que laquelle le scientifique entend endosser pleinement dans les prochaines années.

Cela ajoutera une corde de plus à son arc, qui s’est transformée en véritable arbalète sophistiquée tellement ses contributions à l’avenir de la société sont et seront nombreuses. 

Consultez le dossier complet des personnalités Infopresse 2017.

Photo: 
Photographe: Geneviève Caron (FH-Studio)
Maison de production: FH Studio
Production: Charles Massicotte
Coordonnation à la production: Michel Beauchemin
Production exécutive: Fayçal Hajji
Assistance à la photo: Philippe-Michel Desrosiers
HMUA: Éloïse Bourbeau
Stylisme: Léa Grantham
Direction artistique de plateau: Jeremy Sandor & Eric Chiasson

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