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Combattre la discrimination une toilette à la fois

La toilette publique est l’un des derniers endroits construits qui demeure ségrégué. Les trois pictogrammes restreints placardés sur les portes de ces lieux possèdent un pouvoir beaucoup plus grand que leur stricte représentation. Le Sommet mondial du design a ouvert la porte sur la politique de cet intérieur contesté. 

Natalie Badenduck, architecte, designer et professeure de l'université Mount Royal, à Calgary, soutient que sa discipline possède la capacité de façonner les interactions et rapports sociaux dans les environnements bâtis. La relation est complexe entre la culture et l'espace social.

Pour certains, le symbole affiché à l’entrée des toilettes publiques est un droit de passage. Pour d’autres, c’est une tache noire risquant de compromettre leur intégrité ou leur sécurité. Mais Natalie Badenduck croit que de simplement retirer ces symboles n’est pas la solution. «On ignore le problème, dit-elle. Nous avons besoin de changer les codes par un design inclusif.»

Les toilettes publiques devraient maximiser les interactions humaines.

«Avant le milieu du XVIIIe siècle, les femmes n’avaient pas accès aux installations sanitaires, ce qui restreignait leur inclusion à la sphère publique, explique Natalie Badenduck. Cette réalité a encouragé la catégorisation des rôles féminins et masculins dans la société. Les femmes devaient rester à la maison, tout comme les minorités visibles également bannies de cet espace.»  

La toilette, plus qu'une définition littérale 

Dans Bathroom, étude du design des salles de bain d’Alexander Kira publiée en 1966, l’auteur examine l’étendue de possibilités offertes par les toilettes publiques. Les gens s’y réfugient pour pleurer, lire, manger, crier, converser, avoir du sexe. Ce lieu public se situe à la frontière du privé.

Un endroit à la base des besoins primaires et des interactions sociales donc, ayant largement contribué à la discrimination et à la ségrégation. La réalité actuelle n’est pas davantage reluisante. Quant est-il des personnes non binaires ou ne s’identifiant pas à leur sexe biologique?

L’architecte Joel Sanders et Susan Stryker, auteure, professeure et directrice du groupe Institute for LGBT Studies de l’Université d’Arizona, plaident pour une structure non sexiste. Ils proposent Stalled: Gender-neutral Public Bathrooms, un projet de recherche et une conception interdisciplinaire pour des toilettes publiques inclusives et sécuritaires pour tous, indépendamment de la capacité ou du handicap, de l'identité de genre ou de l'âge.

 

Le prototype de la salle de bain imaginée par joel sanders

 

Joel Sanders examine depuis longtemps l’impact que les forces culturelles en évolution possèdent sur l’environnement construit. Les toilettes publiques devraient maximiser les interactions humaines afin de combler le besoin de socialiser, puis créer un sens de communauté. Ainsi, pas question de construire des cabinets mixtes individuels.

Selon Stalled, l'avenir du design des salles de bain neutres dépend d’abord d’un changement de perception sociale. «Il faut aller au-delà des idées fausses et des préjugés idéologiques problématiques qui hantent encore notre façon de penser.» 

Le proposition de Joel Sanders et Susan Stryker encourage l’acceptation en incitant les personnes de tous les milieux à interagir confortablement. Cet aménagement servira de vecteur pour l’apprentissage du partage de l’espace public, intellectuel et sexuel. «L'histoire et la complexité de cet espace peuvent nous aider à générer une société plus inclusive. L’accessibilité devrait être la norme», conclue Natalie Badenduck.