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Harcèlement sexuel: Cindy Gallop aide les victimes de l'industrie publicitaire

Le 16 octobre dernier, l’activiste et publicitaire britannique Cindy Gallop sommait les professionnels de la publicité de dénoncer les agresseurs et harceleurs sexuels de l’industrie. Une semaine plus tard, une déferlante d'accusations s’accumulent dans sa boîte de réception.  

C’est dans un murmure que quelques femmes  et hommes  ont choisi de dénoncer ces personnes éminentes qui ont utilisé pouvoir et statut pour les harceler et les intimider. Maintenant, elles et ils sont des milliers à demander justice partout dans le monde, explique Cindy Gallop à AdAge.

Dans l'effusion d'histoires de harcèlement sexuel prétendument commis par le producteur hollywoodien Harvey Weinstein, la femme a demandé aux victimes du secteur publicitaire, par Facebook, de lui partager leur histoire.

Presque toutes les personnes qui ont saisi la main tendue demandent l'anonymat par crainte de représailles de leurs entreprises. «Les plaintes, dit-elle, visent beaucoup plus que les cadres blancs de l'industrie de la publicité masculine abusant de leur pouvoir. Elles font aussi état d'histoires relatives aux services de ressources humaines et à la gestion de l'agence, qui licencient des harceleurs sexuels sans expliquer pour quelle raison.»

The Agency Circle, initiative lancée en 2016 en réponse aux frustrations croissantes sur la question de l’homogénéité en agences de création, publiait en août dernier, les résultats d’une étude concernant la diversité et sa perception en milieu de travail. Celle-ci montre que 42% des employées dans les 15 agences sondées prétendent avoir été victimes de harcèlement sexuel à un moment de leur carrière dans la publicité. Et 20% d’entre elles affirment l’avoir vécu plus de quelques fois.

Peu importe le nombre d'initiatives en matière d'égalité des sexes et de diversité lancées dans l'industrie, Cindy Gallop affirme que rien ne changera à moins que les gens ne commencent à parler.

Les détracteurs de ce mouvement par le tweet soulèvent la question de la présomption d’innocence et craignent que le réseau social ne devienne un tribunal populaire. Dans une entrevue accordée à L’Obs, Muriel Salmona, psychiatre spécialiste des violences sexuelles, juge ces remontrances de «perversité inouïe». «Les femmes ont tort de se taire et elles ont tort de parler», dit-elle. Elle explique que parmi celles qui ont dit avoir été victimes de harcèlement sexuel, très peu ont donné le nom de leur agresseur.

Mesures prises au Québec

L'Association des agences créatives du Québec (A2C) a envoyé le 23 octobre un mémo à ses membres rappelant leurs obligations comme employeur en matière de harcèlement psychologique. Elle leur fera également parvenir cette semaine un gabarit à adapter pour l’adoption d’une déclaration d’engagement ou, le cas échéant, d’une politique afin de prévenir le harcèlement psychologique. Cette mesure vise à ce que chaque agence mette en place les mesures nécessaires si ce n’est déjà fait.

«Toute forme de harcèlement est inacceptable, souligne Dominique Villeneuve, présidente-directrice générale de l’A2C. En agence comme ailleurs, les employeurs ont l’obligation de fournir un lieu de travail sans harcèlement psychologique, lequel peut aussi comprendre le harcèlement de nature sexuelle, ainsi que de prendre des moyens raisonnables pour le prévenir et le faire cesser lorsqu’un incident lui est rapporté.» 

De plus, il a été décidé par la Mutuelle en formation en audiovisuel (dont l’A2C et l’AQPFP font partie) que le cours Civilité en milieu de travail et gestion du harcèlement sera offert gratuitement par l’Inis le 7 novembre prochain afin d’aider les entreprises à approfondir le sujet de la prévention et de la gestion du harcèlement en milieu de travail.

Un silence qui dérange 

Cindy Gallop a doublé son incitatif à l'action jeudi dernier, lorsque le réalisateur Quentin Tarantino a déclaré avoir été au courant des allégations contre Harvey Weinstein et aurait souhaité en avoir parlé plus tôt. L’étude menée par The Agency Circle, révèle qu’un tiers de la haute direction des agences connaît les femmes ayant été victimes de harcèlement sexuel au sein de leur entreprise.

Plusieurs des messages envoyés à Cindy Gallop, font état de dirigeants masculins riant devant des situations de harcèlement sexuel. Selon la publicitaire, ces rires contribuent à ce que les femmes soient «culturellement endoctrinées» et à être complices de ces agissements. The Agency Circle indique que 45% ont déclaré se sentir vulnérables parce qu'elles sont des femmes.

En réponse au viral #MeToo, un nouveau mot clic instigué par le journaliste et scénariste australien Benjamin Law, est apparu sur les réseaux sociaux. #HowIWillChange invite les témoins de ce type de harcèlement à dénoncer les agresseurs.

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