La référence des professionnels
des communications et du design

Une campagne contre le cyberharcèlement dans l’œil de Harold Beaulieu

Infopresse fait appel à des créatifs de l’industrie pour commenter et analyser des campagnes internationales qui ont suscité l’intérêt. Cette semaine, Harold Beaulieu, concepteur-rédacteur de KBS Montréal, se penche sur une campagne contre le cyberharcèlement de Monica Lewinsky pour l'événement Bullying Prevention Month.

On met la table

Pour sensibiliser les gens au cyberharcèlement, Monica Lewinsky s'est associée à l'agence BBDO afin de lancer la campagne In Real Life. Dans la vidéo, des acteurs incarnent à la fois les victimes et ceux qui les harcèlent. 

Voyons ce qu'en dit Harold Beaulieu

On fait beaucoup état de la violence dans les échanges sur le web. Sous le couvert de l’anonymat, plusieurs personnes se permettent des propos qui dépassent largement ce qu’elles oseraient «normalement» lancer dans la rue. Cette situation pousse même plusieurs plateformes numériques à désactiver leur outil de commentaires pour éviter les débordements. Pour d’autres, la tribune offerte au public doit être soumise à une veille rigoureuse, voire à la censure de certaines publications. Ces considérations résonnent aussi chez les annonceurs, qui doivent évidemment filtrer tout ce qui se présente dans les échanges hébergés sur leurs plateformes. C’est une chose dans l’espace numérique public, c’en est une autre dans les échanges privés.

C’est dans ce contexte, en plein cœur du National Bullying Prevention Month américain, que Monica Lewinsky s’est jointe à l’agence BBDO pour lancer la vidéo In Real Life #BeStrong. Autoproclamée «patiente zéro de l’atteinte à la réputation globale et instantanée», Monica Lewinsky et son histoire sont bien connues. Sa liaison avec le président Bill Clinton a complètement entaché sa réputation et l’a plongée dans une décennie de persécution et d’isolement. Aujourd’hui, complètement affranchie de cet épisode de sa vie, elle concentre ses efforts à lutter contre l’intimidation et le harcèlement. L’année dernière, on pouvait la voir se joindre à la marque Vodafone pour inviter le public à témoigner du soutien aux victimes de cyberintimidation grâce à une série spéciale d’émojis contextuels.

Cette année, elle a choisi de miser sur un coup d'éclat vidéo où l’on peut voir des comédiens incarner à la fois les agresseurs et les victimes. Grâce à des caméras cachées dans divers lieux publics new-yorkais, l'on peut observer des quidams confrontés à des propos aussi violents que haineux au sujet de l’orientation sexuelle, de la religion ou du physique. Le résultat est assez poignant. Ces parfaits inconnus n’hésitent pas longtemps avant de se porter au secours des individus invectivés. En résultent de beaux éclats de bonté humaine, de tolérance et d’entraide, renforcés par l’authenticité des actes. Et lorsque la vidéo révèle que toutes les lignes entendues ont été directement tirées de commentaires diffusés en ligne, le message est on ne peut plus clair: si ce comportement inacceptable dans la rue, il l’est tout autant sur le web.

Uniquement pour cette analogie évocatrice, la vidéo atteint son objectif. Nul besoin, néanmoins, de revenir loin derrière pour trouver un exemple assez semblable qui avait déjà bien fonctionné, comme en témoigne une des exécutions de la campagne Real Beauty, de Dove, datant de 2015.

Lancée il y a 10 jours à peine, la vidéo In Real Life connaît un succès intéressant sur les médias sociaux, alors qu’elle continue d’être massivement relayée par les internautes. Toutefois, s’il est évident que la campagne aidera à ce qu'on continue de parler de la cyberintimidation, il faut avouer que le problème est encore très loin d’être résolu.

Particulièrement lorsqu’on s’intéresse aux milliers de commentaires déjà laissés sous les multiples publications de la vidéo originale. Une impressionnante quantité de nouveaux commentaires haineux y pullulent déjà. Il aurait peut-être mieux valu les désactiver.

---

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

 

comments powered by Disqus