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Achat d'American Apparel: «Une acquisition relativement prudente»

L'entreprise canadienne Gildan a annoncé mardi matin l'achat d'American Apparel pour 88 millions$US, à la suite d'une enchère supervisée. Quel est l’avenir de la marque? Jean-Jacques Stréliski de HEC Montréal commente.

Gildan détiendra les droits de propriété intellectuelle et l'équipement de fabrication de la marque, mais n'acquiert aucun magasin de la chaîne. Elle achètera également, dans une autre transaction à venir, certains stocks d'American Apparel, afin de continuer l'approvisionnement d'ici à ce que l'intégration de la marque à Gildan soit complétée.

Alors qu'elle exploitait 227 magasins en 2015, American Apparel compte aujourd'hui 110 boutiques. Gildan ne se portera pas acquéreuse de ces locations, dont le sort reste à déterminer.

La vente a été approuvée par un tribunal américain qui supervise les transactions d'entreprises en faillite. American Apparel, dont le siège social est situé à Los Angeles, avait été fondée en 1989 par Dov Charney, un Montréalais d'origine. Elle s'était placée sous la loi de protection de la faillite en octobre 2015 avant de récidiver en novembre 2016, toujours incapable d'honorer ses dettes.

En déboursant 88 millions$US pour American Apparel, Gildan a donc payé 22 millions$US de plus que le montant initialement proposé par l'entreprise, en novembre dernier.

jean-jacques stréliski

HEC MONTRÉAL

Selon Jean-Jacques Stréliski, professeur associé de HEC Montréal, le prix payé ne semble pas particulièrement exorbitant pour pareille acquisition. «L'actif que représente les magasins doit être considérable, donc de ne pas les acquérir a dû entrer en ligne de compte. Ce faisant, Gildan se donne la marge de manœuvre voulue sans que cela lui coûte trop cher. A priori, ça me semble donc une acquisition relativement prudente.»

Aucune promesse quant à la fabrication

American Apparel est reconnue pour son engagement à fabriquer ses vêtements aux États-Unis. Toutefois, Gildan ne précise pas si la production restera au pays de l'oncle Sam.

«Nous sommes en train de déterminer la meilleure stratégie d'intégration à adopter», a indiqué le vice-président, communications, de Gildan, Garry Bell, à La Presse canadienne.

Dans sa structure actuelle, Gildan fabrique ses vêtements dans des usines situées dans les Antilles, en Amérique centrale et au Bangladesh. Dans la transaction, Gildan a acquis du matériel de production d'usines d'American Apparel, situées à Los Angeles, mais ne s'est pas engagée à exercer l'option de rétention des locaux une fois les baux arrivés à terme.

Pour Jean-Jacques Stréliski, l'option de poursuivre la production aux États-Unis est probablement celle qui coûterait le plus cher à Gildan, d'où l'hésitation à s'engager dès maintenant de ce côté. «Ce que ne dit pas Gildan, c'est qu'ils ont peut-être acheté des plans d'affaires et des intentions qu'ils ne révèlent pas tout de suite. Vont-ils appliquer ou intégrer la marque American Apparel à une autre gamme? Histoire à suivre, mais il me semble certain que Gildan n'aurait pas procédé à cette transaction sans savoir ce qu'elle compte faire.»

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