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«Les publicitaires ont un examen de conscience à faire»

Selon Brian Myles, directeur du Devoir, les placements publicitaires qui s’en vont de plus en plus dans les poches des géants du web, comme Google et Facebook, déstructurent l’industrie des médias québécois. 

brian myles, le devoir

photo: Annik MH de Carufel

La Coalition pour la pérennité de la presse d’information a été lancée mercredi. Elle regroupe 146 journaux, dont Le Devoir, les publications de Groupe Capitales Médias, d’Hebdos Québec et de TC Transcontinental. Elle demande, en cinq recommandations concrètes, de l’aide du gouvernement afin de poursuivre «le virage numérique imposé par la multiplication des plateformes», tel qu’expliqué dans son communiqué.

Revenus publicitaires décroissants

Pour Brian Myles, le problème que vivent les médias québécois face au virage numérique provient surtout des revenus publicitaires décroissants. Selon lui, ils s’adaptent aux nouvelles plateformes, et les lecteurs sont encore au rendez-vous et prêts à payer pour du contenu d’information à valeur ajoutée. «Le Devoir le prouve, lance-t-il. Nos lecteurs paient nos produits qui sont quand même assez coûteux.»

Mais il explique que cela ne règle pas le problème de la diminution des revenus générés par le placement publicitaire. «Et ces revenus demeurent importants pour une certaine stabilité financière.»

Le monopole des géants du web

Brian Myles estime que l’argent qui allait autrefois dans les poches des médias va maintenant directement dans celles du Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon). Selon lui, les agences qui font du placement publicitaire privilégient ces géants du web, mieux outillés pour exploiter et monétiser les contenus que les médias qui les créent. «C’est la réalité: nous avons échangé des dollars analogiques pour des cents numériques», soutient-il.

«Avant d’enrichir des multinationales étrangères, pourrait-on penser à soutenir notre propre industrie?»

C’est justement là qu’il affirme qu’il y a un examen de conscience à faire. Il donne en exemple les publicités gouvernementales. Alors qu’elles sont constituées à même les taxes et impôts des Québécois, il se demande pourquoi on les envoie chez Google et Facebook. «Avant d’enrichir des multinationales étrangères, pourrait-on penser à soutenir notre propre industrie?»

Un lectorat de qualité

«Nous avons échangé des dollars analogiques pour des cents numériques.»

Selon Brian Myles, la publicité dans les journaux québécois est nécessaire au maintien d’un écosystème essentiel à une démocratie. «Mais ça ne fera pas pleurer des annonceurs qui tentent de rentabiliser leur budget.» Par contre, il affirme que ces derniers auraient intérêt à considérer la qualité du lectorat des journaux d’information de qualité à valeur ajoutée. «Les données brutes et les visionnements, c’est bien beau, mais un journal peut toujours gonfler ses chiffres, notamment en donnant beaucoup d'exemplaires. Le Devoir attire moins de lecteurs que Le Journal de Montréal, mais il intéresse des lecteurs de qualité, fidèles et avec un pouvoir d’achat important. Ça devrait allumer des lumières dans l’industrie de la pub.» 

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