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Est-ce la mort du site web?

Quelle interface s’imposerait et qui la contrôlerait si le web disparaissait? C'est la question qu'a posée Thane Calder, 
président de CloudRaker, à Sylvain Carle, directeur général de Founder Fuel, et à Mitch Joel, président de Mirum. Entretien avec deux spéculateurs professionnels.

Le site web est-il mort?

Sylvain Carle: Je crois que oui. L’idée d’un projet bâti sur mesure (avant, l'on construisait tout à la main; j’ai l’impression d’être vieux jeu), plus personne n’a ça en tête. Ça, c’est mort, très certainement. Parce que le site web n’est qu’un des aspects de l’image, aujourd’hui, peu importe la marque, l'entreprise émergente ou la méga-organisation. J’imagine que ça nous amène à la question: qu’est-ce qui remplace le site web?

La présence web, numérique ou en ligne, c’est bien vivant. Ça continue d’évoluer, infiniment. WordPress est derrière 25% du web en entier, ce n’est pas rien. On pourrait dire que le site web s’apparente maintenant à ce qu’a été le blogue.

Je crois que nous assistons aujourd’hui, avec les applications mobiles notamment, à un remaniement de l’infrastructure des images de marque, à mesure qu’elles se départissent des sites web et migrent leurs contenus vers les médias sociaux.
-mitch joel

Mitch Joel: Je crois que le site web, simplement parce qu’il repose sur le web, est relégué au second plan. Nous savons actuellement que le consommateur moyen utilise en premier la technologie portable et que l'ordinateur n’est plus qu’un accessoire. Tout se passe maintenant dans ce que j’appelle le «monde à un écran», un concept qui évoque le fait que le seul écran qui importe, c’est celui devant nous. Cet écran-là, de plus en plus, c’est celui du portable.

Quand je tente de définir ce qu’est un site web, je me pose maintenant cette question: quelle est la représentation numérique d’une marque? Le site web a d’abord été la «solution globale», l’agrégateur de tous les contenus: peu importe ce qui était publié sur Twitter ou ailleurs, tout était redirigé vers le site web. Ce n’est plus le cas. Je crois que nous assistons aujourd’hui, avec les applications mobiles notamment, à un remaniement total de l’infrastructure des images de marque, à mesure qu’elles se départissent des sites web et migrent leurs contenus vers les médias sociaux.

Je pense que la messagerie sera au centre de la prochaine évolution, et si l'on s’attarde à ce qui a déjà changé dans la messagerie, l'on remarque qu’il y a maintenant des applications à l’intérieur même des applications de messagerie. Par exemple, on peut passer une commande sur Amazon à partir de Snapchat ou de la messagerie Facebook. Tout ça contribue à transformer l’emploi qu’on faisait du site web.

Donc, qui a tué le site web ou, enfin, qui l’a presque achevé?

Sylvain Carle: Facebook l’a tué.

On sait que les pages d’accueil sont mortes depuis un certain temps. Tout le monde sait ça. Le site web est-il devenu un handicap? Si nos efforts sont trop centrés sur ce dernier, l'on passe à côté d’autre chose. Autrement dit: si votre site n’est pas mort, peut-être faut-il le tuer?

Mitch Joel: Je ne pense pas qu’il faille aller aussi loin. Je crois qu’on a besoin d’un point d’ancrage. Les affaires se développent ailleurs, mais le site web demeure dans la boîte à outils.

Alors, si votre site web n’est pas mort, peut-être qu’il faut le tuer?

Sylvain Carle: Il pourrait devenir le point de départ, par contre. Je veux dire qu’il faut toujours publier le contenu quelque part. Et puis, on peut l’envoyer ailleurs par la suite.

Mitch Joel: Oui, c’est un très bon réceptacle, un fourre-tout pour le contenu qu’on publie à différents endroits. En fait, l'on est passé d’une trame narrative linéaire (je vois quelque chose, je me rends sur le site) à quelque chose de non linéaire et de non hiérarchique

Parlons des entreprises émergentes web. Où devraient-elles se diriger, en présumant qu’elles souhaitent être près de la rondelle?

Sylvain Carle: Les réseaux prennent de l’ampleur et deviennent des plateformes de dissémination massives. Quelle est donc la prochaine plateforme qui émergera? Où les entreprises en démarrage pourront-elles s’investir? La messagerie semble avoir la cote en ce moment, mais ce n’est peut-être pas le meilleur point de départ. Quelle est la prochaine étape? J’ai vu des gens exploiter le vocal. Ou alors, c’est complètement l'opposé: la réalité virtuelle.

«L’interaction, l’expérience utilisateur, doit cadrer avec l’appareil utilisé. Taper sur un écran, surtout lorsqu’il est loin de soi, ne fonctionne pas vraiment. La voix est donc plus naturelle; ça fonctionne très bien dans un contexte personnalisé.»
-sylvain carle

Mitch Joel: C’est pour cela aussi que je juge le site web mort, fondamentalement. La réalité virtuelle permet de faire l’expérience des choses plutôt que de se rendre sur un site ou une application. Ça va nous sembler bien ordinaire, le site web ou l’application, quand on fera l’expérience de la réalité virtuelle.

Regardez ce qui s’est produit ces cinq dernières années avec Instagram et Snapchat. Si l'on va sur leurs sites, on voit qu’ils ne servent qu’à télécharger les applications. Le site web n’est même plus un site web, car tout se trouve complètement ailleurs.

Donc, la première raison pour laquelle je pense que le site web est en partie mort, bien qu’il soit nécessaire, c’est que les plateformes pour appareils portables ont pris sa place, puis la réalité virtuelle est bien près de faire la même chose.

Siri (ou une autre voix) deviendra-t-elle l’interface du web?

Sylvain Carle: Il n’y aura qu’une seule interface, et je crois que ça sera la voix. Ce qui est intéressant, c’est que l’ordinateur, celui sur le bureau, est en train de sombrer dans la désuétude. Au lieu, l'on a un écran quelque part et l'on filme des vidéos à partir de la tablette pour les projeter sur l’écran.

L’interaction, l’expérience utilisateur, doit cadrer avec l’appareil employé. Taper sur un écran, surtout lorsqu’il est loin de soi, ne fonctionne pas vraiment. La voix est donc plus naturelle; ça fonctionne très bien dans un contexte personnalisé.

Mitch Joel: J’ai vu beaucoup de versions de voix très avancées, dont Google Now, qui reconnaissent le timbre et le ton de la voix.

Nous, en tant qu’humains, avons été très tactiles dans notre manière de contrôler et de manipuler l’information. Et si l'on pense à l'avenir et à ce que la technologie peut faire, le tactile semble à une manière très limitée de faire ça. La voix paraît beaucoup plus logique.

Sylvain Carle: C’est le direct versus l’indirect.

Mitch Joel: Je crois que les yeux aussi auront un gros rôle à jouer là-dedans; je pense qu’ils feront avancer l’expérience.

Qu’arrivera-t-il à nos autres appareils?

Mitch Joel: Je ne sais pas ce que tu en penses, Sylvain, mais j'estime vraiment que la réalité virtuelle et l’affichage tête haute vont tout tuer; il n’y aura plus d’ordinateurs ou d’appareils mobiles.

Sylvain Carle: La réalité virtuelle telle qu’on la connaît est vouée à l’échec. Elle ne fait que passer, parce que c’est impossible qu’on accepte de se couper de tout ce qui est autour de nous, en tant qu’humains. Nos corps ne font pas partie de l’expérience en réalité virtuelle. 

Ce n’est que dans la tête. Je crois qu’après la réalité virtuelle, on aura la réalité augmentée en plus. À mesure que la technologie évoluera, la réalité virtuelle deviendra un mélange de virtuel et de réel.

Et c’est ce qu’on est en train de voir sur le web. Depuis un certain temps, tout ce qui est réel est mis en ligne, comme dans des répertoires. Actuellement, l'on ajoute les réseaux dans tout – avec nos appareils intelligents notamment – et l'on verra la même chose se produire avec la réalité virtuelle: on enverra tout dans elle et après, c’est elle qu’on va projeter partout.

Mitch Joel: La réalité augmentée, combinée à la vision par ordinateur, qui fait en sorte que l’ordinateur peut reconnaître des processus, prendre note de tout ce qui se passe autour de soi… Rendu là, à quoi peut bien servir un site web? Au lieu de se rendre quelque part pour la trouver, l’information se rend maintenant jusqu’à nous dans tous nos appareils; le filtrage, le traitement et la sélection ne vont que s’améliorer avec l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique.

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Pour lire l'entrevue intégrale, commandez une copie du magazine Cloud&Co No. 2

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