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CRTC: «Pour survivre, les chaînes devront clarifier leur mandat»

C’est le 1er mars qu’entrait en vigueur le nouveau règlement du CRTC obligeant les câblodistributeurs à offrir des forfaits de télévision de base abordables à un coût maximal de 25$ par mois. Discussion avec Luis Areas de Marketel sur les répercussions possibles dans le paysage médiatique.

Annoncés en mars 2015, les changements réglementaires adoptés par le CRTC font suite aux audiences publiques Parlons télé. Au cours de cet exercice d'envergure, les Canadiens ont indiqué au CRTC qu'ils voulaient plus de choix, de souplesse et d'abordabilité dans les services de télévision. 

Un marché qui se fragmente
Comme l’explique le directeur des services médias de Marketel, Luis Areas, ce changement n’affectera pas également toutes les chaînes, mais fragmentera sans doute encore plus la consommation télévisuelle.

«La fragmentation créera des gagnants et des perdants pour ce qui est des chaînes, mais impliquera aussi une polarisation de l’offre. Plusieurs consommateurs se tourneront certainement aussi vers le "non traditionnel" (Crave, Netflix, Tou.tv, etc.).» Le temps d'écoute télévisée réduit sera ainsi compensé ailleurs, et ce phénomène rendra certainement le travail plus ardu pour les annonceurs et les planificateurs médias, qui devront repenser la manière de mesurer et d’acheter les plages perdues. 

«qu’il y ait moins de consommation média, mettra beaucoup de pression sur le développement de la télévision IP, car très simplement, plus tu es précis, plus tu peux monétiser.»
-LUIS AREAS

Une stratégie de monétisation à repenser
Au Québec, les chaînes conventionnelles devraient profiter de belles occasions, car elles gagneront des parts d’écoute, notamment du côté francophone, en plus de bénéficier d’un phénomène de «zapping» amoindri. Du côté des spécialisées, un ménage dans l’offre est à surveiller. «Je prédis une consolidation, confie Luis Areas. Devoir choisir met dans une position beaucoup plus concurrentielle, et des mesures seront prises à cet égard. Au chapitre de l'offre, du choix et du contenu proposé, le grand gagnant de ce changement sera assurément le consommateur.» 

Nécessairement, les revenus des médias diminueront si les gens payent moins pour la télé. Par conséquent, une redirection des efforts de monétisation vers le numérique s’observera. C’est la raison pour laquelle Luis Areas croit qu’il faudra s’attendre à ce que les chaînes misent sur l’accélération du développement des plateformes émergentes et des modèles alternatifs.

Autre aspect à surveiller, la perte de revenus des fournisseurs de services de télécommunications pourrait créer une mini-révolution dans la manière de générer des revenus sur des forfaits. Les entreprises pourraient axer leurs efforts sur l'offre internet ou d'autres services en télécommunications. La réorientation de certains produits sur le web pourrait forcer les entreprises à se réinventer à leur tour, à miser sur la production de contenu numérique et à investir dans la télévision intelligente. «Qu’il y ait moins de consommation média mettra beaucoup de pression sur le développement de la télévision IP [qui utilise le protocole IP], car très simplement, plus tu es précis, plus tu peux monétiser.»

Que surveiller du côté des chaines?
Luis Areas est sans appel: pour survivre, plus que jamais, les chaînes devront clarifier et préciser leur mandat: «Elles devront repenser leur stratégie de mise en marché. Et ce sera difficile.»

Lundi seulement, Ici RDI, qui ne fait plus partie des forfaits considérés de base au Québec depuis mardi (mais qui fait partie des forfaits de base ailleurs au Canada), lançait sa nouvelle signature ainsi qu’une campagne de notoriété qui rappelle précisément ce qui distingue la chaîne d’information. Interrogée sur le déploiement de cette offensive, Anne Cournoyer, chef de publicité, information et affaires publiques, d'Ici RDI, a expliqué que ce n'était pas un hasard: «Ici RDI fait partie de la vie du public canadien depuis 20 ans, et même si elle ne fait plus partie du service de base obligatoire au Québec, elle demeure essentielle dans leur forfait télé. C'est là le grand objectif de cette campagne.»

«Au CHAPITRE de l'offre, du choix et du contenu proposé, le grand gagnant de ce changement sera ASSURÉMENt le consommateur.»
-Luis areas

Anne Cournoyer souligne aussi le besoin impératif pour une chaîne d’information en continu comme Ici RDI de réaffirmer son caractère essentiel dans un forfait télé face à l’augmentation de l’offre des chaînes spécialisées et du fractionnement des auditoires qui en découle. «Force est de constater que le marché de l’information change, avec la multiplicité des sources d’information que fournissent le web et les réseaux sociaux. Pour une chaîne d’information continue comme Ici RDI, il devient nécessaire de réaffirmer sa promesse et l’ampleur de son offre. Il faut de plus ajuster le positionnement de la chaîne dans un contexte multiplateforme, alors que l'offre globale de Radio-Canada en information ​se décline entre autres sur le web, en mobilité et sur les réseaux sociaux, des plateformes qui n'existaient pas à sa création.»

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