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Acquisition de Rona par Lowe’s: «Le fruit était mûr»

À la suite de l’annonce de l'achat de Rona par l'entreprise américaine Lowe’s pour 3,2 milliards$, plusieurs ont exprimé leur avis sur les conséquences de cette transaction pour le marché québécois. Deux experts partagent leur opinion.

Décriée par la CAQ et Pierre-Karl Péladeau, la transaction a été accueillie plus positivement par d’autres organisations, dont la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ). Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la FCCQ, a affirmé: «Les conditions d'acquisition de Rona par Lowe's nous semblent favorables et respectueuses de ce que Rona a bâti au Québec depuis de nombreuses années. L'engagement de conserver la chaîne d'approvisionnement local développée par Rona pourrait représenter une occasion pour les entreprises d'ici d'avoir un accès plus facile au marché américain dans un contexte où la valeur de notre dollar rend nos produits compétitifs.»

«Le commerce de détail évolue, et Rona ne dégageait pas suffisamment de profits pour réinvestir adéquatement.»
-jacques nantel

Une nouvelle triste, mais attendue
Approuvée à l'unanimité par les conseils d'administration des deux sociétés, la transaction reste à être entérinée par les actionnaires et les autorités réglementaires. Elle permettrait à Lowe’s de réaliser une entrée remarquée en sol québécois.

Jacques Nantel, professeur titulaire au département de marketing du HEC, croit que la transaction était «inévitable». «Le commerce de détail évolue, et Rona ne dégageait pas suffisamment de profits pour réinvestir adéquatement. Rona est un détaillant aimé, mais qui, depuis quatre ou cinq ans, végétait sur le plan financier. Ils avaient dû racheter une partie de leur réseau de détaillants et cet argent aurait plutôt dû être investi en nouvelles technologies, en commerce électronique et en omnicanal, la force de Lowe’s. Ce que Rona devait faire, et a fait, c’était d’attendre que le fruit soit mûr.»

La transaction comprend plusieurs engagements de la marque Lowe’s concernant les éléments d'actif au Québec. Parmi eux, l’entreprise américaine s’engage à établir le siège social des activités canadiennes à Boucherville, garder à son service la vaste majorité des employés actuels de Rona et poursuivre la mise en œuvre de la stratégie d'approvisionnement local. 

«La dernière chose que devrait faire le gouvernement est de bloquer cette transaction. Il doit plutôt d’aider les fournisseurs de Rona à devenir des fournisseurs nord-américains.»
-jacques nantel

Le président du conseil de Rona, Robert Chevrier, a affirmé: «Nous croyons que le moment est venu de franchir cette nouvelle étape dans l'évolution de Rona. L'équipe de Lowe's nous a présenté un excellent plan pour que notre entreprise maintienne le pouvoir de sa marque, tout en nous permettant d'utiliser la présence mondiale de Lowe's comme tremplin afin d'accroître notre portée.»

Quel impact pour le commerce de détail au Québec?
Contrairement à d’autres domaines, comme dans le cas de la relocalisation de la production d’une entreprise à l’étranger, peu d’emplois seront perdus, selon Jacques Nantel. «Une rationalisation dans le réseau s’opérera, mais elle ne sera pas si importante puisque ce sont des réseaux complémentaires au chapitre de leur implantation, de leurs tailles et de leur expertise. Lorsqu’une telle transaction dans le commerce de détail arrive, les gouvernements interviennent généralement peu, car ça ne touche pas un grand nombre d’emplois. Les cadres, et les emplois de haut niveau sont plus touchés, mais j’aime rappeler que l’actuel président de Lowe’s Canada est un Québécois.»

Selon l'observateur, les efforts devraient se concentrer sur le plan des fournisseurs, qui pourraient, eux, être plus directement affectés par le changement. «La dernière chose que devrait faire le gouvernement est de bloquer cette transaction. Il doit plutôt aider les fournisseurs de Rona à devenir des fournisseurs nord-américains. Le fournisseur qui se contentait d’un marché local et d’une efficacité logistique restreinte, lui, est à risque. Mais le dollar canadien est bas et il est possible d’en profiter. Il n’y a pas que des mauvaises nouvelles, mais possiblement des possibilités de croissance pour certains.»

«C’EST UNE ASSURANCE DE POUVOIR DÉPLOYER SES AILES AVEC UN PREMIER CLIENT QUI SERA LOWE’S.»
-francoise bertrand

Ce point de vue est partagé par Françoise Bertrand, qui voit l’importance de se mobiliser et de se motiver pour faire de cette transaction une occasion pour les commerçants québécois. «Le client est le même, mais grandit. Forcément, le marché est plus vaste, avec des spécificités différentes qui permettront aux fournisseurs d’innover, de développer leur productivité, d’améliorer leurs processus et recourir à de nouvelles manières de se rendre aux consommateurs. Le Canada vient de signer une entente de libre-échange avec l’Europe, il y en a une maintenant avec l’Asie-Pacifique, et de nombreux scénarios d’exportation se dessinent. C’est une assurance de pouvoir déployer ses ailes avec un premier client qui sera Lowe’s.»

Lowe's devrait représenter la plus importante chaîne de rénovation résidentielle au pays après la transaction.

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