La référence des professionnels
des communications et du design

Apple vs FBI : débat d’entreprises, débat de société

La question enflamme le débat public et les grands dirigeants d’entreprises : est-ce légitime de la part d’Apple de refuser au FBI la création d’un logiciel « passe-partout » pour accéder aux informations d’un iPhone dans le cas d’une enquête terroriste? 

Retour sur l'affaire

L’histoire a débuté lorsqu’un juge a décrété qu’Apple devait acquiescer à une demande du FBI de débloquer le iPhone de Syed Rizwan Farook, un des tireurs de la tuerie de San Bernardo.

Rapidement, Tim Cook, le grand patron d’Apple, a refusé de se plier à l’obligation de fournir un accès aux données, citant un potentiel « dangereux précédent menaçant les libertés civiles de tout un chacun ».

Mark Zuckerberg, le chef de la direction de Facebook, a affirmé se rallier à la position d’Apple. « Nous sommes solidaires d’Apple. Nous croyons au cryptage et croyons que c’est un outil important », a-t-il affirmé lors d’une présentation keynote au Mobile World Congress de Barcelone. Il a tout de même souligné l’importance pour son entreprise de s’attaquer à la question de la menace terroriste, tout en soulignant qu’une porte dérobée n’était pas, selon lui, une solution efficace.

« L’AFFAIRE SNOWDEN A FAIT FIGURE D’EXEMPLE ALORS QUE POUR LA PREMIÈRE FOIS L’OPINION PUBLIQUE A COMPLÈTEMENT CHANGÉ FACE À LA QUESTION DE LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE. »
– maxime bernard

Richard Yu, de l’entreprise chinoise Huawei, a également soutenu la décision d’Apple en évoquant « l’importance de la protection de la vie privée pour Huawei ». Google, WhatsApp et Twitter ont tous appuyé l’entreprise à la pomme également.

De l’autre côté du spectre, Bill Gates, le fondateur de Microsoft, a pour sa part affirmé lundi soir prendre parti pour le FBI en raison de la nature de la demande, spécifique à un cas précis. Apple a cependant rétorqué que l’outil demandé ne pourrait être créé spécifiquement pour un téléphone.

Et d'un point de vue affaires publiques ?

Du côté de la population, un sondage réalisé par le Pew Research Center révèle que 51 % des Américains pensent que Apple devrait débloquer le iPhone du présumé terroriste.

Ce pouls de société, selon Maxime Bernard, vice-président affaires corporatives de Edelman, doit cependant être pris avec un grain de sel, considérant que l’opinion publique peut changer drastiquement selon les enjeux soulevés. « L’affaire Snowden a fait figure d’exemple alors que pour la première fois, l’opinion publique a complètement changé face à la question de la protection de la vie privée. Depuis, Apple a décidé que la protection de la vie privée serait un pilier de leur approche et c’est ce qu’ils défendent aujourd’hui. »

Selon lui, l’affaire Apple sous-tend un débat de société qui devra prendre place dans les temps à venir : est-il acceptable que le gouvernement ait le pouvoir de changer les politiques des entreprises privées au nom de la protection ? Une question qui dépasse la protection du consommateur et qui cherche à déterminer si une limite doit être imposée par rapport à la capacité du gouvernement d’avoir accès à toutes les données en invoquant des motifs de sécurité.

« Ce qui se produit en ce moment, c’est que des géants comme Google, Apple et Facebook construisent des systèmes en grande partie basés sur la confiance des gens à partager de l’information. Il est donc normal que les compagnies doivent se positionner afin de rassurer le public et leurs utilisateurs. »

Évoquant le baromètre de la confiance Edelman, Maxime Bernard souligne que le public a une grande confiance envers les grandes sociétés technologiques. Mais d’un autre côté, il subsiste une méfiance envers les nouvelles technologies et c’est précisément là l’enjeu que les géants du domaine numérique essaient de mitiger par ces prises de position dans l’affaire Apple.

 

comments powered by Disqus