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Redéfinir le «storytelling», un projet RV à la fois

Démocratiser la réalité virtuelle (RV), modérer les attentes envers cette technologie et savoir se réinventer: compte rendu du panel Récits vivants: l'avenir de la narration, tenu dans le cadre de la conférence Les storytellers de demain II.

À l'intersection du design, de la technologie et du «storytelling», l'art de raconter une histoire, les dernières avancées en technologies numériques (réalité virtuelle, augmentée et mélangée à l’intelligence artificielle) redéfinissent les formes narratives.

Tellement, qu'il faudrait désormais réfléchir à de nouvelles façons de raconter, plutôt que de chercher à transposer les façons de faire classiques du cinéma, du jeu vidéo ou du documentaire à la réalité virtuelle. C'est du moins l'avis de Mike Woods, fondateur de White Rabbit VR, Yoni Bloch, cofondateur d'Eko, et Vassiliki Khonsari, fondatrice d'iNK Stories, experts invités du panel Récits vivants: l'avenir de la narration.

Selon eux, les créateurs de contenu en réalité virtuelle et augmentée doivent réfléchir à la meilleure façon de raconter leur histoire à des spectateurs pouvant agir dans leurs récits. Le tout, sans oublier de rendre le contenu «agréable, engageant et accessible à de larges auditoires».

«Choisir une technologie en particulier nous mène vers un auditoire précis», avertit Vassiliki Khonsari. Selon elle, les attentes du public ne sont pas encore tout à fait définies en matière de contenu en réalité virtuelle, et il est important de démocratiser son utilisation et le type de contenu qu'on y propose afin de donner «le souffle qu'a besoin cette technologie pour grandir».

Parce que le potentiel est là, croit Yoni Bloch. Pour lui, «la meilleure histoire possible est celle qui permet de s'immerger complètement dans un environnement», en proposant entre autres une trame narrative évolutive. Même son de cloche pour Mike Woods, qui estime que plutôt que de forcer une histoire linéaire, «mieux vaut créer un univers et laisser champ libre à l'exploration. De cette façon, le spectateur découvre de façon organique ce qui l'interpelle.»

Une question de «gros sous»?

Mais si la volonté des créateurs est d'offrir aux utilisateurs des environnements narratifs réinventés, celle de leurs créanciers serait trop souvent portée par la notion de profit. Résultat: la naissance d'une friction entre technologie et contenu, qui risque de mettre à mal le potentiel encore inexploité de la réalité virtuelle. «Il est ambitieux de s'attendre à voir des chefs-d’œuvre créés par la première génération de créateurs en réalité virtuelle. Les attentes trop élevées sont contre-productives», estime Vassiliki Khonsari.

Au final, les trois experts pensent que les nouvelles possibilités narratives de la réalité virtuelle se construisent de façon parallèle entre créateurs et auditoire. «Concevoir des expériences en réalité virtuelle, c'est une question de gros sous», souligne Yoni Bloch. D'où l'importance d'en arriver à démocratiser convenablement cette technologie, histoire que les spectateurs s'en emparent au même rythme qu'évoluent les capacités techniques du «storytelling» numérique.

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