La référence des professionnels
des communications et du design

Les femmes sont-elles des leaders comme les autres?

Débats et idées reçues font légion lorsqu’il est question du leadership et de la gestion «au féminin». Les femmes seront à l’honneur la semaine prochaine chez Infopresse, en conférence ainsi qu'au lancement des dîners dirigeants. Quelques éclaircissements. 

«TROP SOUVENT LES FEMMES S’IMPOSENT CE PLAFOND-LÀ. LE PROBLÈME N’EST PAS FORCÉMENT LE PLAFOND DE VERRE, MAIS LA COLLE QU’ON SE MET SOUS LES SEMELLES et QUI NOUS FIXE AU PLANCHER.»

Les sphères décisionnelles sont encore largement occupées par les hommes, particulièrement au pays, où seulement 9% des 100 plus grandes firmes sont dirigées par des femmes, selon Source Catalyst. Cela bien que 50% de l'effectif des entreprises et plus de la moitié des jeunes diplômés au postsecondaire sont des femmes. Hilary Clinton l’évoquait encore dernièrement, «nous somme toutes debout sous un plafond de verre», célèbre métaphore pour symboliser la difficulté d’accès aux postes de gestion.  

isabelle hudon 

sunlife et l'effet A 

«Trop souvent les femmes s’imposent ce plafond-là. Le problème n’est pas forcément le plafond de verre, mais la colle qu’on se met sous les semelles et qui nous fixe au plancher. Nous sommes responsables de nous prendre en main et de nous sentir légitimes face à notre ambition» confie Isabelle Hudon, chef de la direction, Québec, et vice-présidente principale solutions clients, Canada, de Sunlife ainsi que cofondatrice de l’effet A. Les femmes sont généralement perçues dans l’inconscient collectif comme plus compréhensives, compatissantes et émotives, alors que la compétition, la domination et l’agressivité ressortiraient chez les hommes. Il y aurait alors deux leaderships distincts?

Un style de leadership féminin?

«le sexe ne serait pas une variable pertinente et les traits de personnalité dans le style de leadership seraient perçus de la même manière.»

Pour Isabelle Hudon, «les femmes ont juste une manière différente de voir les choses, sur l’écoute notamment, quand les hommes sont souvent plus confortables face au risque». Aussi, elle ne croit pas qu’il y ait un style de leadership féminin ou masculin. «La définition du leadership est la même pour tous: c’est l’art d’inspirer les autres à nous suivre et vice-versa.» 

Les études et thèses sur le sujet se contredisent, convergeant dans un sens ou dans l’autre selon les époques. «La présence de femmes ne garantit pas que la collaboration va être davantage présente. Actuellement, les femmes ont toujours une gestion assez verticale, les statistiques le confirment» rappelle Rose-Marie Charest, psychologue et conférencière.

Sarah Saint-Michel, chercheuse au CNRS de Toulouse, a récemment compilé les résultats de 25 enquêtes européennes et américaines sur les qualités attribuées à 20 000 cadres dirigeants, dont un tiers étaient des femmes. La conclusion: le sexe ne serait pas une variable pertinente et les traits de personnalité (courage, confiance en soi, empathie...) dans le style de leadership (charismatique, vision partagée ou lié à l'obtention de résultats) seraient perçus de la même manière par les employés. Pour Rose-Marie Charest, un bon leader doit avant tout «se connaître, identifier son propre style et ne pas avoir peur d’être incomplet, nous le sommes tous. Les leaders d’aujourd’hui doivent aussi tolérer l’incertitude, car c’est laisser place à la créativité et donc aux discussions qui mènent vers le consensus.»

rose-marie charest

psychologue et conférencière

Une idée reçue perdure pourtant, particulièrement chez les hommes, quant à l’équilibre de la vie privée et professionnelle. «C'est une question irritante, cela ne devrait pas être un objectif quand on occupe une position de leader, car c’est impossible au quotidien», souligne Isabelle Hudon. «Dans un sondage de Léger marketing pour l’effet A, les femmes plaçaient ce frein seulement au cinquième rang. Il faut pour de bon briser cette idée préconçue et c’est également la responsabilité des médias, d’arrêter de faire de l’équilibre une obligation. À force de le lire partout, cela met une pression sur les épaules des femmes, on ne parle pas de cette dynamique pour les hommes.»

Des occasions pour les nouvelles générations et un leadership «asexué»

«Plus créatifs qu’autoritaires, les modes de gestion de demain pourraient davantage puiser dans la féminité», croit Rose-Marie Charest. Selon l’étude de Sarah Saint-Michel, le dirigeant moderne idéal proposera un leadership mixte ou «asexué» conjuguant les valeurs dites plus féminines ou masculines. Pour Isabelle Hudon «la présence des nouvelles générations, appelées Y ou milléniaux, est tellement forte que cela pousse les leaders à se questionner sur de nouveaux modèles. Par ce mouvement de société, il y a plus d’ouverture d’esprit à de nouvelles façons de penser.»

«le dirigeant moderne idéal proposera un leadership mixte ou "asexué" conjuguant les valeurs dites plus féminines ou masculines.»

Quant à l'égalité professionnelle, elle ne pourra naître que de l’évolution des mentalités quant à la légitimité des femmes au pouvoir. Rose-Marie Charest conseille aux jeunes femmes de «continuer à valoriser la compétence, mais de poser des actions. C’est le meilleur apprentissage pour apprendre à nous connaître et à devenir plus forte.» «On voit trop souvent une diminution de l’ambition des femmes de 25 à 35 ans. Si vous vous sentez découragée, parlez-en, trouvez des mentors. Soyez vous-même inspirée de la manière dont les hommes gardent cette flamme, car c’est le rôle de tous de se sentir légitime à être ambitieux», conclut Isabelle Hudon.

Isabelle Hudon animera la conférence Femmes de pouvoir: apprendre à s'affirmer lors de la journée Forum Femmes, leadeship et communication le 12 octobre prochain. 

Rose-Marie Charest animera Diriger au féminin: s'affirmer et influencer les décisions le 14 octobre. Cette première des dîners dirigeants aura pour invitée d'honneur Geneviève Fortier, vice-présidente principale, ressources humaines et affaires publiques, de McKesson.

comments powered by Disqus