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L'édito de Thane Calder: Le numérique est-il réellement bon pour nous?

En mars dernier, j’ai assisté à ce qui est essentiellement le plus grand rassemblement de virtuoses et d’évangélistes de la technologie dans le monde: la conférence SXSW. Ces derniers mois, j’ai beaucoup réfléchi à une règle non écrite à laquelle ils adhèrent là-bas: le progrès technologique est nécessairement une bonne chose pour l’humanité.

thane calder

président de Cloudraker, rédacteur en chef de cloud&co et rédacteur en chef invité d'infopresse

Ça soulève une question que je me pose concernant ma carrière en tant que marketeur numérique, une question que j’ai de la difficulté à poser et qui devrait intéresser, je pense, beaucoup de gens de notre industrie.

La foule de SXSW était convaincue que la technologie est fondamentalement bienfaisante, mais la moitié des interventions et ateliers s’attardaient à l’impact (négatif) de la technologie sur les humains. Il était question de trouver des façons de réduire les contrecoups du progrès. Dans un sens, on veut s’assurer que la règle non écrite reste respectée. On veut se retrouver avec la liberté que la technologie laisse présager, pas avec Big Brother ou une apocalypse de robots complètement exagérée (c’était l’objet d’un sérieux débat à la conférence). Bref, la question que je me pose est plutôt simple, mais sa portée est grande. Mon travail en tant que marketeur nous mène-t-il vers le bien ou vers le mal collectif?

Cet automne je me suis un peu inquiété en apercevant mon fils avec un iPad (obligatoire) à l’école. Je n’étais pas très emballé de le voir s’immerger dans le monde des messages instantanés et de la distraction électronique. Surtout dans la salle de cours; je me demande si c’est vraiment une bonne façon d’éduquer nos enfants.

Pourtant, comme marketeur, à la tête d’une agence de création numérique, je travaille en étroite collaboration avec des annonceurs, et je leur conseille d’utiliser les outils d’aujourd’hui pour entrer en contact avec les consommateurs et pour bâtir une marque. J’adore la technologie, je trouve merveilleux à quel point ça ouvre de nouvelles possibilités.

ON VEUT SE RETROUVER AVEC LA LIBERTÉ QUE LA TECHNOLOGIE LAISSE PRÉSAGER, PAS AVEC BIG BROTHER OU UNE APOCALYPSE DE ROBOTS COMPLÈTEMENT EXAGÉRÉE.

Sans le savoir, je maniais déjà deux conceptions opposées. D’un côté, il y a l’idée que la technologie est une chose incroyable avec laquelle on peut expérimenter et entrer en contact avec le monde. De l’autre côté, il y a l’idée qu’elle finit par nous nuire en tant qu'humains. Je cherche toujours à faire en sorte que mon travail entraîne des effets positifs sur les gens. Mais où se trouve la limite entre le spam et la valeur ajoutée?

Gallup a mené un sondage l’année dernière sur la façon dont sont jugées différentes professions en fonction de leur éthique et leur honnêteté. En ce qui concerne le respect que leur voue le public, les praticiens du marketing sont en bas de la liste, derrière les avocats et les entrepreneurs de la construction. Ils se retrouvent une place au-dessus d’une triple égalité entre les vendeurs d’autos, les politiciens et les télévendeurs. Pourquoi? Parce que la majorité de la publicité est composée de messages indésirables qui se présentent aux mauvais moments. Notre industrie est encore menée par une mentalité qui vient de l’ère de la télédiffusion, et ça nous pousse à interrompre les gens avec des messages d’une (prétendue) grande importance.

Pendant longtemps, j’ai pensé (espéré) qu’on était arrivé à un tournant vers un certain progrès dans le monde du marketing. Notre industrie est excellente dans sa compréhension des gens, de leurs comportements. Les avancées technologiques nous placent devant deux possibilités: soit nous devenons plus agaçants, soit nous nous adaptons aux changements continuels des besoins des consommateurs. Et si l'on utilisait cette expertise et ces outils pour aider les consommateurs plutôt que les interrompre?

Notre industrie est encore menée par une mentalité qui vient de l’ère de la télédiffusion, et ça nous pousse à interrompre les gens avec des messages d’une (PRÉTENDUE) grande importance.

Notre industrie commence à voir qu’il est possible d’employer le contenu et la valeur ajoutée pour gagner l’attention des gens plutôt que de toujours tenter de l’acheter. On est sur le point de changer de rôle, de cesser d’être des «interrupteurs» pour devenir des créateurs de valeur ajoutée. On a même une chance de devenir respectables de nouveau, en présumant l'avoir déjà été, tout en augmentant notre efficacité.

L'avenir de la technologie ne sera pas nécessairement «bien ou mal», il sera ce qu’on voudra en faire, ce qu’on saura créer. Au final, tout dépend des questions qu’on se pose, comme celles soulevées à SXSW. Pour ma part, j’ai commencé à me poser une nouvelle question: voudrais-je voir mes enfants utiliser ça, et est-ce que c’est quelque chose qu’il ou elle aurait envie d’utiliser? Je n’oublie pas que je brasse des affaires et que je dois rentabiliser mon entreprise et les projets de mes clients. Mais je veux aussi être fier de ce que je fais. Et je pense avoir trouvé un moyen de faire les deux à la fois.

Vous, comment y arriverez-vous?

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Photo: Anthony Quintano, CC BY 2.0

Toute la semaine, Thane Calder animera la section Interactif d'Infopresse et proposera entrevues et commentaires sur l'actualité. Vous êtes invités à engager la conversation @Infopresse à l'aide du mot-clic #Thaneenchef

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