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Projet Reine Elizabeth: recréer l’imaginaire des lieux

L’autrefois célèbre hôtel montréalais Le Reine Elizabeth, qui avait subi l’effet du passage des années, sera entièrement repensé par Sid Lee Architecture. Entretien avec Jean Pelland, architecte principal du projet, à propos de ce repositionnement.

Ce projet, dont le dévoilement a eu lieu à la fin de 2015, nécessitera des rénovations majeures et la fermeture de l’établissement de la mi-juin 2016 jusqu’à sa réouverture en juin 2017. Ivanhoé Cambridge (appartenant à la Caisse de dépôt et placement du Québec) investira 140 millions$ afin de transformer l’expérience hôtelière de la chaîne Fairmont. 

En gros, le mandat donné à l’équipe de Sid Lee Architecture a été de respecter la vision et la marque Fairmont en restant cohérent avec son aspect plus classique, tout en poussant l'identité vers un certain modernisme.

Le but des experts de Sid Lee était de redonner ses lettres de noblesses à un lieu qui a constitué un point central pendant plusieurs années. Pour ce faire, ils ont analysé l’offre des services d’hôtellerie et des services connexes. Leur constat: certains besoins n’étaient pas comblés au centre-ville de Montréal. Le groupe de Jean Pelland en est venu à la conclusion que «les entreprises hôtelières n'investissent pas dans les espaces communs et ne peuvent ainsi pas accueillir des événements de groupes créatifs. «Nous avons ainsi décidé de créer un "campus d’affaires", dans le sens dynamique qu’on lui attribue dans le système universitaire.»

jean pelland

Construite en 1958, l'institution perdait en popularité ces dernières années, notamment au profit des nouveaux hôtels plus au goût du jour. Il était donc logique, pour rattraper le manque à gagner, de témoigner d'un esprit plus contemporain, qui se répercute dans le design, bien sûr, mais aussi dans la manière de penser la dynamique spatiale. Comme le souligne Jean Pelland, «la façon d’échanger s'est considérablement transformée et c’est la raison pour laquelle nous repositionnons ce projet à l’ère de la collaboration, de la multidisciplinarité et de l’événementiel. L’intérêt pour le luxe s’est dissipé; les expériences humaines comptent aujourd'hui.»

L’échange comme source d’inspiration
«Avec l’expérience acquise à C2MTL, nous avons voulu redonner au Reine Elizabeth la place de pôle influent pour la rencontre et les affaires que l'hôtel avait autrefois. Un espace plaisant autant aux Montréalais qu’aux gens d’ailleurs», indique Jean Pelland. Les interventions sur le bâtiment seront limitées à une nouvelle marquise extérieure. Elles ne seront par le fait même pas si flagrantes de la rue. «C'est à l'intérieur que les visiteurs seront invités à découvrir un village, un écosystème.»

«Avec l’expérience acquise de c2mtl, nous avons voulu redonner le positionnement de pôle influent pour la rencontre et les affaires autrefois attribué à l'hôtel.»

Pour cela, l’organisation physique des espaces a entièrement été repensée et s’oriente sur une architecture plus active et décloisonnée où les lieux, ouverts, invitent au déplacement. L'équipe voulait ainsi inciter les visiteurs à découvrir les espaces disponibles. «Nous souhaitons ramener les Montréalais à s’intéresser, concrètement, au Reine Elizabeth.»

Interrogé sur la manière par laquelle il est possible de repositionner un lieu dans l’imaginaire grâce au design, Jean Pelland souligne que «la clé est la diversité. L’offre actuelle repose sur des besoins primaires: restauration, bar, salles de conférences. Nous avons plutôt privilégié une multiplicité de possibilités en mélangeant toutes ces offres dans différents espaces. Nous répondons à un besoin de pôle urbain, de flexibilité, qui gagne en importance. Il existe une multitude d’occasions de répondre à ces besoins dans la ville, mais ils sont atomisés. Nous voulons les regrouper et faire ainsi en sorte que le lieu soit remarqué, par l’exemple.»

L’ouverture coïncidera, par un hasard non planifié, avec le 375e anniversaire de Montréal.

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