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Michel Maffesoli: «Les objets permettent d’entrer en relation avec le monde»

Exit l’aspect purement fonctionnel des choses qui nous entourent: le sociologue français croit que nous assistons à l’émergence d’un état postmoderne qui représente un envers de ce qui est utilitaire.

michel maffesoli

De passage au Québec pour une conférence organisée par l’École des sciences de la gestion de l’Uqam, Michel Maffesoli s’intéresse notamment à la question du luxe, entendu dans le sens étymologique du terme: «Le luxe, à mes yeux, correspond à ce qui est luxé, à ce qui ne sert pas directement.» Aussi, ce souci du design, de l’esthétique, du ludique dans notre rapport aux choses constitue un trait propre à notre époque postmoderne. Les marketeurs, en bons «renifleurs de l’air du temps» l’ont bien compris.

«La modernité a été très fonctionnaliste, pragmatique, moraliste, même. On assiste à un retour d’une conception plus baroque de la vie, à un esprit latin, au goût de la dépense.»

«La modernité a été très fonctionnaliste, pragmatique, moraliste, même. On assiste, depuis les années 50, à un retour d’une conception plus baroque de la vie, à un esprit latin, au goût de la dépense. Les objets sont devenus des mésocosmes: un milieu entre microcosme et macrocosme.» Autrement dit: les objets permettent d’entrer en relation avec le monde et sont débarrassés de leur aspect simplement utilitaire. C’est là que réside, aux yeux du penseur, le «rapport luxueux au monde».

Superficiels, les postmodernes?
Dans un monde où le consommateur est bombardé d’offres et encouragé à trouver le bonheur dans les rouages d’une société de consommation effrénée, n’est-ce pas dire que l’ère postmoderne en est une superficielle? Michel Maffesoli cite, en guise de réponse, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche: «La profondeur se cache à la surface des choses.»

«Place de la Sorbonne, à Paris, les magasins de livres ferment leurs portes et les boutiques de fringues ouvrent les leurs. On peut le regretter, mais c’est un signe intéressant, un indice d’une mutation de fond.»

«On habille, on pare, on esthétise. C’est ça, le début de la postmodernité.»

D’ailleurs, Michel Maffesoli se garde bien d’adopter une position moraliste sur le sujet: «Je ne fais que constater. On met aujourd’hui l’accent sur le présent, pas sur l'avenir; sur le plaisir, pas sur la raison. Sur la tribu, pas sur le "je". Cela peut paraître superficiel, mais prenons la Renaissance italienne en exemple: à Florence se retrouvaient une foule d’artistes, de philosophes; il y avait un bouillonnement intellectuel qui reposait sur l’esthétique. Et ça a fait culture. On ne peut pas se contenter de dire que c’est superficiel.»

«On habille, on pare, on esthétise. C’est ça, le début de la postmodernité.» Et nul doute, à son avis, que le marketing saura rester en phase avec cette nouvelle époque.

Notons d’ailleurs que la Villa Kedge Maffessoli (liée à l'institution Kedge Business School) a récemment ouvert. Elle se veut un lieu de réflexion sur le rapport entre la postmodernité et la gestion ou le marketing.  

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