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Marie-France Bazzo: le financement favorise une «télé lisse»

On apprenait lundi qu'incapable de trouver du financement auprès de Patrimoine Canada, BazzoTV disparaîtrait des ondes après 10 ans à Télé-Québec. Entretien avec son maître d’œuvre, Marie-France Bazzo.

En vertu des critères de Patrimoine canadien, le magazine télé n’aura plus droit au Crédit d’impôt pour production cinématographique ou magnétoscopique canadienne. Ni la maison de production, ni le diffuseur ne sont en moyen de pallier le manque à gagner.

Étant donné le resserrement de l’application des critères de financement, Patrimoine canadien considère dorénavant BazzoTV comme une émission de type «interview-variétés», un genre télévisuel pas admissible au Crédit d’impôt pour la production cinématographique ou magnétoscopique canadienne. Marie-France Bazzo s’explique mal ce changement de catégorie: «BazzoTV n’a pas changé en matière de contenu et de structure depuis qu’elle est devenue une émission hebdomadaire. Elle obtenait néanmoins son crédit d’impôt.»

Une uniformisation de l'offre?

«Tout est fait pour que nous ayons une télé lisse qui se reproduise à l’infini, de jeux en télé-réalité en émission de cuisine.»

Cette nouvelle met en lumière la difficulté grandissante de financer la télévision au pays. En effet, si les critères de financement demeurent les mêmes, leur interprétation et leur application ont été resserrées, selon l’animatrice et productrice. Il s’agit d’un phénomène qui risque de mener à l'uniformisation de l’offre télévisuelle locale: «Tout est fait pour que nous ayons une télé lisse qui se reproduise à l’infini, de jeux en télé-réalité en émission de cuisine; tout est conçu pour favoriser ces catégories et défavoriser les émissions qui retroussent et amènent des discussions pointues. Nous ne sommes pas les seuls touchés. Il y en a eu d’autres et il y en aura d’autres. Si nous ne nous battons pas, plus personne ne voudra produire ce genre d’émission, puisqu’elles sont exclues du financement. Il n’y aura plus de débats, de discussions, de recul sur la société. Je me bats pour cette diversité. Il est trop tard pour BazzoTV, mais comme maison de production, j’ai envie d’en produire d’autres. Et comme téléspectatrice, j’ai envie d’en voir d’autres.»

«Si nous ne nous battons pas, plus personne ne voudra produire ce genre d’émission, puisqu’elles sont exclues du financement. Il n’y aura plus de débats, de discussions, de recul sur la société.»

Marie-France Bazzo est convaincue qu’elle n’est pas seule: «Entre la programmation de Netflix et Les belles histoires de pays d’en haut, l'on voit bien que les gens ont envie de diversité, de télé à la carte. Mais ce sont les règles de financement qui dictent une façon de faire au Québec.»

Quant à la marque Bazzo, elle sera moins présente dans le paysage médiatique au cours de la prochaine année, mais elle continuera de vivre, notamment par son magazine mensuel Bazzo Mag et la maison de production Bazzo Bazzo, qui a encore des projets en cours. «Je ne disparais pas, et la maison de production non plus. J’ai l’intention de rebondir.»

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