La référence des professionnels
des communications et du design

Fin du papier à La Presse: quel impact pour l'industrie?

Frédéric Rondeau, d'Espace M, et Pablo Stevenson, de Ressac, reviennent sur la nouvelle de la fin de l’édition papier de La Presse

La fin de La Presse imprimée en semaine
Mercredi, La Presse a annoncé qu’elle mettrait fin à sa version papier du lundi au vendredi dès le 1er janvier 2016, pour n’être proposée qu’en version numérique. L’édition papier du samedi continuera d’être imprimée et distribuée chez les abonnés et dans les points de vente.

frédéric rondeau

associé d'espace m

Cette décision est entre autres justifiée par le déclin de nombreux quotidiens imprimés ces dernières années. L’industrie nord-américaine des journaux aurait perdu 63% des revenus publicitaires de 2006 à 2013, alors que le tirage payant des quotidiens a chuté de 22% pour la même période.

Déclin de la presse papier et redéfinition des modèles
Selon Frédéric Rondeau, associé d'Espace M, ce n’est pas cette nouvelle qui forcera les autres médias à repenser leur modèle, car cette réflexion est entamée depuis quelques années. «On sait depuis longtemps que la presse de papier est en déclin. Le support ne permet simplement pas de s’ajuster rapidement à la vitesse à laquelle l’information circule et ne permet pas de véhiculer la vidéo. Donc, elle voit son lectorat s’effriter depuis plusieurs années.»

Le support papier ne permet simplement pas de s’ajuster rapidement à la vitesse à laquelle l’information circule.

En fait, Frédéric Rondeau explique que La Presse n’est pas le seul quotidien à vouloir tirer son épingle du jeu dans la numérisation de l’information. Le Toronto Star a d’ailleurs lancé mardi son application Star Touch, calquée sur la plateforme de La Presse+. Mais certains médias misent sur d’autres modèles. Par exemple, Postmedia, qui détient des quotidiens grand format anglophones au Canada, dont The Gazette et The National Post, a adopté une stratégie incluant des volets tablette, ordinateur et téléphone intelligent, en plus de conserver l’édition de papier.

la donne technologique change constamment, il s’agit de préserver l’expérience, peu importe le média.

Par ailleurs, Pablo Stevenson, président de Ressac, rappelle que de nouveaux médias voient le jour sous une forme déjà adaptée à l’expérience numérique. Selon lui, on ne peut oublier ces sites qui tendent vers le journalisme citoyen, de plus en plus populaires et depuis longtemps accessibles en mobilité, comme BuzzFeed.

Et ceux encore à l’étape de la réflexion ont manqué le bateau, selon Pablo Stevenson: «On parle d’une transformation complète du modèle d’affaires et de revenus. Ceux qui ne font que décliner une version électronique de ce qu’ils faisaient en papier seront exposés à des risques futurs. Ils seront, par exemple mal, adaptés aux changements d’habitude du lectorat et vivront un affaiblissement de fidélité envers la marque.»

pablo stevenson

président de ressac

Viabilité à long terme?
Bien qu’elle connaisse maintenant un déclin, l’édition de papier des quotidiens a été une valeur sûre pendant des décennies, voire des siècles. La Presse prend-elle un pari risqué en se détachant de ce média pour se fonder uniquement sur la tablette, un outil relativement nouveau? Selon Frédéric Rondeau, le pari est audacieux, mais pas déraisonnable: «La Presse croit en l’adaptation de la tablette dans le marché au point où les gens en achèteront assez pour qu’elle remplace le papier. On ne peut garantir que cela va se produire, mais cette technologie semble être en bonne posture pour perdurer. Sa capacité de pénétration ainsi que le lectorat de La Presse+ sont encourageants pour le quotidien. Cela dit, rien n’empêche La Presse de revenir au format de papier un jour.»  

Pour sa part, Pablo Stevenson juge que l’adoption de ce modèle forcera La Presse à s’adapter au fur et à mesure: «L’importance de ce modèle est d’assurer une fluidité par rapport à la demande et aux besoins du marché, notamment le marché publicitaire. Dans un monde où de plus en plus de gens utilisent des bloqueurs d’annonces, La Presse devra s’adapter et valoriser son offre par une plus grande intégration du contenu natif. La donne technologique change constamment, il s’agit de préserver l’expérience, peu importe le média.» 

comments powered by Disqus