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Santé mentale: quel rôle pour la pub?

La Journée mondiale de la prévention du suicide a eu lieu le 10 septembre. Benoit Mendreshora, directeur de création de KBS+, se penche sur la façon de sensibiliser les Québécois aux troubles de santé mentale par la pub.

Prendre son temps

benoit mendreshora

Depuis 2008, le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sensibilise la population québécoise aux troubles de santé mentale par la publicité. Cette initiative faisait partie d’un plan quinquennal, le Plan d’action en santé mentale. Dès le départ, le MSSS avait une idée claire: parler de la dépression de manière progressive. «Avant toute, il a fallu travailler à la reconnaissance de la maladie, son existence, éliminer les idées préconçues sur les personnes atteintes, déclare Benoit Mendreshora, directeur de création de KBS+. Ensuite, nous avons pu démontrer que de la discrimination en découlait et qu’il y avait des répercussions sur l’entourage, la famille et le travail.»

Avant chose, il a fallu travailler à la reconnaissance de la maladie, son existence.

L'opération du MSSS pour la sensibilisation à la dépression s’est étalée jusqu'en 2013. En 2014, l’offensive pour les troubles anxieux a pris le relais, et le même type de plan évolutif y est consacré. «Ce n’est pas un sujet comme les autres, estime Benoit Mendreshora. Il faut l’expliquer et l'on ne peut pas tout dire en une seule campagne, en une seule année.»

 

Chacun son tour

À chaque étape de la campagne, il faut s’adresser différemment selon le message qu’on veut passer et à qui l'on veut le passer.

C’est aussi le temps que cela prend pour s’adresser à tous ceux touchés par les troubles de santé mentale. «Qu’on le veuille ou non, tout le monde est touché. Certaines personnes sont atteintes d’un trouble et ne voient pas qu’il s’agit d’une maladie, qu’ils ne sont pas seuls et qu’il existe de l’aide. D’autres peuvent reconnaître les symptômes présentés dans une publicité chez un proche, puis lancer une discussion. Il faut aussi s’adresser aux employeurs et aux collègues. À chaque étape de la campagne, on doit s’adresser différemment selon le message qu’on veut passer et à qui l'on veut le passer. Il n’est pas possible de s’adresser à tout le monde en même temps.»

Rôle de la publicité

Selon Benoit Mendreshora, la publicité a eu un effet positif depuis 2008 pour la sensibilisation aux troubles mentaux. La façon de médiatiser ce sujet a changé: «On a commencé à en parler partout. Dans les séries télévisées, les films et les documentaires. Sans aller jusqu’à dire que la pub a créé ce mouvement, elle a certainement participé à amorcer la discussion.»

D’ailleurs, au fil des campagnes, les réactions ont prouvé que la santé mentale ne représente pas un sujet tabou, tant qu’on l’aborde de la bonne façon. Lorsque la première publicité sur les troubles anxieux a été lancée, en 2014, les commentaires des internautes démontraient un soulagement, selon Benoit Mendreshora. «Ils disaient qu’il était enfin temps qu’on parle de ce problème.»

De multiples initiatives

Le MSSS n’est pas le seul organisme à produire des publicités sur la santé mentale. Par exemple, la Fondation les petits trésors s’est attaqué aux souffrances des enfants atteints d’un trouble de santé mentale dans une campagne en 2013.  

Des entreprises privées prennent aussi désormais cette cause sous leur aile. L’initiative la plus connue est sans doute l'initiative Cause pour la cause de Bell. Chaque année, la société organise une journée où elle encourage ses abonnés à texter. L’objectif est de souligner la nécessité de parler de la santé de la santé pour lutter contre la stigmatisation.

Enfin, le 10 septembre, le Bec exposait les photos de sa campagne La com, c’est pas toujours comique, qui visait à soulever le masque glamour de l’industrie. «C’est un milieu où il faut tout le temps avoir une façade, un sourire, soutient Benoit Mendreshora. Il faut être parfait avec les clients/annonceurs et même entre collègues. C’est encore très difficile d’admettre avoir une faiblesse liée à un problème de santé mentale dans cette industrie.»

 

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