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Campagne électorale: qui a gagné les premiers jours?

La campagne électorale canadienne a été lancée dimanche dernier; Caroline Roy de Mesure Média et le consultant en médias numériques Dominic Léger analysent les bons et moins bons coups de ces premiers jours de campagne. 

caroline roy

Vice-présidente de Mesure Média

Dans les médias traditionnels

Véritable marathon politique de 11 semaines, la campagne électorale fédérale démarre lentement, autant sur le terrain que dans les médias. Qu’en est-il de cette première semaine? Quels gains et déficits médiatiques peuvent être attribués aux partis?

Gains: 

1- Les promesses de Stephen Harper 
En quoi des promesses de campagne électorale peuvent-elles représenter un gain médiatique?

Seul Stephen Harper a dévoilé des engagements en cette première semaine. Sa promesse d’un crédit d’impôt pour la rénovation lui a permis de se glisser à la une du Toronto Star et du National Post alors qu’il faisait campagne dans la région de Toronto. Cette région est essentielle pour une victoire des conservateurs.

Les unes combinées du Toronto Star et du National Post donnent un gain de réputation de 118 625$* au chef conservateur, selon notre outil d’évaluation des médias mesure [d]

2- Ruth Ellen Brosseau en vedette
La risée des médias aux dernières élections est devenue une politicienne respectée. Élue dans la foulée de la vague orange dans Berthier-Maskinongé, la barmaid n’avait pas fait campagne au printemps 2011. Elle avait même passé quelques jours à Las Vegas pour sa fête…

Cette fois, Ruth Ellen Brosseau cherche à être bien visible. La version anglophone du magazine Châtelaine publie d'ailleurs son portrait

C'est le type d’article dont rêve tout politicien à la veille d’une campagne. Le reportage rappelle ses bons coups à la Chambre des communes, son apprentissage du français et son ardeur au travail, tout en étant une mère monoparentale.

Une telle entrevue lui vaut un gain de réputation de 626 298$dans le magazine Châtelaine.

3- Le cynisme en une du National Post
La palme de la une la plus originale revient au National Post, qui a énuméré quelques événements qui se sont déroulés plus vite que l’actuelle campagne électorale.

Vous avez trouvé longues les éliminatoires de la Coupe Stanley? Elles ont duré 62 jours, soit 16 de moins que les prochaines élections. Le mariage de Kim Kardashian, lui, a tenu 72 jours: une semaine de moins que les élections! Cette une ne fait rien pour contrer le cynisme ambiant à propos de cette campagne. 

4- Duceppe à vélo
Les premières images ont fait sourire, mais le chef du Bloc québécois a trouvé le moyen d’être médiatisé à quelques jours du déclenchement de la campagne. Sa tournée du Québec à vélo, aux côtés de Pierre Karl Péladeau, lui a permis de se démarquer avant le déclenchement de la campagne. 

Un reportage, diffusé à TVA, montrant Gilles Duceppe et Pierre Karl Péladeau à leur départ de Repentigny le 29 juillet, représente un gain de réputation de 5617$* pour le chef du Bloc québécois.    

Déficits:

1- Ils ne sont pas prêts
«Je suis prêt, l'équipe libérale est prête, nous sommes prêts», avait lancé Jean Charest au déclenchement de la campagne québécoise en 2003. Aucun parti fédéral n’aurait pu reprendre ce slogan pour lancer sa campagne dimanche dernier.

À part Stephen Harper, premier ministre sortant, aucun chef ne semblait prêt à se lancer dans l’arène. Thomas Mulcair n’a répondu à aucune question des journalistes. Les stations de télé attendaient impatiemment le point de presse de Justin Trudeau alors qu’il était dans un avion en route pour Vancouver. Gilles Duceppe avait seulement deux candidats à ses côtés pour sa conférence de presse.

Et lundi, les chefs du NPD et du Bloc étaient invisibles, laissant tout l’espace médiatique à Stephen Harper.

2- Justin et Tom
Pourquoi Stephen Harper nomme-t-il le chef des libéraux «Justin» et évite-t-il de prononcer le nom «Trudeau»? Voilà l’un des gros enjeux de la première semaine de campagne. La question a été lancée par la chroniqueuse du Toronto Star Chantal Hébert. Les journalistes ont demandé à Stephen Harper de s’expliquer. Et à Justin Trudeau de répliquer.  

Dans la même veine, Thomas Mulcair a dû raconter pourquoi il est devenu «Tom» sur ses affiches électorales.

Qui a dit qu’une campagne électorale était l’occasion de débattre des vrais enjeux?

3- Harper vs Wynne
Stephen Harper et la première ministre libérale de l’Ontario, Kathleen Wynne, ont lancé les hostilités dès le jour 1 de la campagne. Dans cette guerre de mots, qui sort gagnant? Disons que Kathleen Wynne a réussi à écorcher le premier ministre en soutenant que cette campagne électorale est inutilement longue et qu’elle traduit un jeu politique cynique.

Un article, paru sur le site web du National Post, qui reprend ses propos cause à Stephen Harper un déficit de réputation de –3445$*. 
  
4- Le budget des médias
Le Journal de Montréal nous a appris que Radio-Canada, affaibli par les récentes compressions, devra relever tout un défi pour couvrir les élections d'un océan à l'autre pendant 11 semaines. Michel Cormier, directeur de l’information de Radio-Canada, a aussi donné des entrevues sur ses propres plateformes pour avouer que la longue campagne faisait mal à leur budget. 
Si l’on se fie aux réductions de postes de journalistes ces dernières années à Radio-Canada, mais aussi dans d’autres organisations de presse, aucun média n’a les moyens de couvrir à fond une campagne de 11 semaines… 

DOMINIC LÉGER

CONSULTANT EN MÉDIAS NUMÉRIQUES ET SOCIAUX

Sur les réseaux sociaux

Pour se démarquer lors de cette campagne – la plus longue des temps modernes – les partis devront trouver des moyens de se faire entendre et de passer leur message. À ce chapitre, les médias sociaux représentent une occasion formidable. 

Commençons par l’analyse des premiers jours de la campagne, c’est-à-dire du 2 au 5 août. 

Lorsque vient le temps d’examiner la taille de l’auditoire de chaque chef des principaux partis, on se rend vite compte que Stephen Harper et Justin Trudeau sont dans une ligue à part. Avec respectivement plus d'un million et 960 000 abonnées sur Twitter, Facebook et Instagram, Stephen Harper et Justin Trudeau distancent de loin Thomas Mulcair, avec seulement 220 000 abonnés. 

Mulcair fait le plein d’abonnés

Bien qu’il traîne de la patte quant à la taille de ses communautés, Thomas Mulcair affiche la croissance la plus importante de son auditoire depuis le début des élections avec une augmentation dépassant 4%. Les trois autres chefs traînent, avec une progression inférieure à 1,3%.

Justin Trudeau: hyperactif du clavier

Au chapitre du nombre de publications, l'on note clairement que Justin Trudeau dépasse ses adversaires quant au volume de publications combinées sur Facebook, Twitter et Instagram. Il affiche 54 publications au compteur. Stephen Harper, lui, se retrouve dernier avec seulement 18 publications depuis le début de la campagne.

Il ne faut pas oublier que la quantité de publications ne constitue pas un gage de qualité. En effet, un chef pourrait techniquement publier à un rythme effréné durant toute la campagne, mais si elles ne suscitent pas d’engagement, ils ne sont que du bruit qui s’ajoute à la sphère sociale. D’où la raison pour laquelle on s’intéresse au taux d’engagement. 

Taux d’engagement: Mulcair et Harper en tête
Plusieurs choses sont intéressantes à noter pour ce qui est du taux d’engagement. D’abord, Stephen Harper, dernier pour le nombre de publications, arrive second pour le taux d’engagement moyen par publication. On en conclut donc que bien qu’il publie moins fréquemment, ses publications trouvent écho auprès des électeurs, car elles suscitent des réactions.

Stephen Harper est toutefois devancé par Thomas Mulcair, qui génère un bon taux d’engagement en plus d’avoir une fréquence de publication élevée. Mulcair et Harper sont d’ailleurs dans un groupe distinct puisqu’ils dépassent de loin Gilles Duceppe et Justin Trudeau, lequel arrive bon dernier. 

La photo de Justin Trudeau fait réagir

Quelle publication a généré le plus d’interactions du 2 au 5 août sur les médias sociaux? C’est nul autre que Justin Trudeau, qui a changé sa photo de profil à un moment stratégique. Comme pour une image de chatons dans votre fil de nouvelles, plusieurs ont été incapables de résister et ont donc interagi avec la photo.

En tout, elle a généré 14 219 «j’aime», 1485 commentaires et 685 partages pour un total de 16 342 interactions. Toutefois, le top 5 des publications ayant suscité le plus d’interactions a été dominé par Stephen Harper, qui rafle les positions deux, trois et quatre. Thomas Mulcair est exclu de ce premier top 5.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

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