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Joe La Pompe: «En pub, on est trop prétentieux pour admettre qu’une idée existe peut-être déjà.»

Le blogueur français, qui débusque le plagiat en pub, a publié mardi une série d’affiches très semblables, dont l’une a été produite au Québec afin de faire la promotion du parc Jean-Drapeau. Entretien avec le créatif masqué.

«Slovaquie (Ruefa Reisen), Maroc (ESF), Québec (Jean Drapeau)... la pompe ne prend jamais de vacances. En vous souhaitant un bel été!», écrivait Joe La Pompe sur sa page personnelle Facebook, le 14 juillet dernier. L’affiche montréalaise est signée par l’agence Clan Créatif et a été lancée dans le cadre de la campagne estivale du Parc Jean-Drapeau à la mi-juin. Elle ressemble à s’y méprendre à une affiche slovène, ainsi qu’à une autre, marocaine, toutes deux diffusées l’année dernière. 

L’histoire a retenu l’attention et a notamment fait l’objet d’un article du Journal de Montréal, qui rapportait jeudi que cette campagne aurait coûté 8690$ aux contribuables et dans lequel le directeur du marketing du parc Jean-Drapeau, François Cartier, admettait que la campagne slovène avait servi d’inspiration au concept.

Inspiré consciemment ou pas, Joe La Pompe, rencontré en marge du Festival international de la créativité de Cannes, en juin dernier, croit qu’il faut néanmoins dénoncer les doublons en publicité, ne serait-ce que pour préserver ses lettres de noblesse au métier de publicitaire: «Que deux affiches soient pareilles n’est pas très grave, surtout si elles paraissent dans un pays différent et pour une marque différente. Les consommateurs, ça leur est complètement égal et ça ne cause pas de dommage pour la marque, sauf si elles sont dans le même secteur d’industrie. C’est plutôt un dommage pour un créatif, puisqu’il se vend avec une idée originale. C’est quand même la beauté du métier d’essayer d’inventer des choses qui n’existent pas. Et j’accuse autant les gens qui plagient que ceux qui ne le font pas exprès parce qu’ils devraient avoir une culture publicitaire, parce qu’ils devraient vérifier et ne le font pas. Pensons à un architecte qui s’apprêterait à concevoir un monument: il doit bien s’assurer avant de commencer que ça n’existe pas ailleurs! En pub, on est parfois trop prétentieux pour admettre qu’une idée existe peut-être déjà», rappelle le créatif, qui œuvre lui-même en agence.

«J’accuse autant les gens qui plagient que ceux qui ne le font pas exprès parce qu’ils devraient avoir une culture publicitaire, parce qu’ils devraient vérifier et ne le font pas.»

De plus, Joe La Pompe rappelle que le métier de publicitaire regroupe plusieurs jeunes, qui manquent parfois de recul sur la culture qui les précède, et qui ont tendance à se jeter sur les phénomènes de mode. «Ils ont un certain confort à aller dans des trucs qui marchent, seulement parce que c’est la mode – je dénonce ça aussi.»

Joe La Pompe a consacré la majeure partie de son temps au Festival de Cannes à voir les pièces publicitaires qui y sont exposées («Je viens ici pour voir un maximum de pub afin de nourrir mon blogue»). Lorsqu’on lui demande quelles sont les grandes tendances en création publicitaire qui devraient être reléguées aux oubliettes, il n’hésite pas à fustiger les hashtags, campagnes sauce Instagram… et les selfies: «Les selfies, y’en a marre. J’en ai repéré une bonne quinzaine dans différentes campagnes qui se trouvaient dans les listes longues ici. Des selfies avec des chiens, avec des chats, avec des cochons, avec des handicapés, avec des soldats, avec des nains de jardin. Stop! Aussi: il y a aussi les bornes d’incendie qui reviennent à tout bout de champ: j’ai vu 20 ou 30 annonces qui les mettent en scène. Les sound waves et la visualisation de données sont aussi la grande tendance du moment, on voit beaucoup de graphiques et de pub qui mettent des chiffres en scène. Mais les selfies, c’est le pire. D’ailleurs, j’en ai vu une passer récemment au Québec, pour l’Office de tourisme, non?»

«Les selfies, y’en a marre.»

Joe La Pompe traque les «créatifs paresseux» de la pub depuis quinze ans. Parti d’une «page perso» (les blogues n’existaient pas à l’époque), son site est aujourd’hui connu à travers le monde. «J’ai commencé en 1999 et je ne pensais pas que je trouverais assez de choses pour durer aussi longtemps, surtout avec internet, qui permet d’accélérer les vérifications. Mais je crois que le web a eu l’effet inverse: on y trouve trop de choses. Lorsqu’on a une idée, on n’arrive pas à vérifier parce que ça prend des techniques de recherche trop sophistiquées pour arriver à un résultat.»

joe la pompe

Lorsqu’on demande au blogueur comment réagissent les gens dont les créations se retrouvent sur son site, Joe La Pompe répond simplement: «Assez mal - j’ai eu pas mal de menaces et de lettres d’insultes.»

Visitez le site web de Joe La Pompe en suivant ce lien.

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