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Quand Taylor Swift fait céder Apple: «La démonstration de la puissance du contenu»

Après la sortie de la chanteuse Taylor Swift, qui souhaitait retirer son dernier album de la plateforme Apple Music en raison de la non-rémunération des artistes pendant la période d’essai des utilisateurs, Apple a révisé sa position. Le consultant Yann Fortier revient sur les événements.

Yann Fortier

Consultant

L’entreprise de Tim Cook proposera, dès le 30 juin prochain, son service de streaming en continu gratuitement pendant trois mois aux utilisateurs d'Apple. À l'origine, la firme avait décidé de ne pas rémunérer les artistes au cours de cette période.

«Ce qui est intéressant dans ce petit choc des titans, c’est la démonstration de la puissance du contenu, Taylor Swift, par rapport au contenant, Apple, déclare Yann Fortier, consultant en développement de contenus et en stratégies de marques, et directeur général de l'événement World Press Photo. Le géant de Cupertino ne peut plus se comporter comme un jeune producteur «indie» qui part à la conquête du web tête baissée. C’est la raison pour laquelle sa décision initiale de ne pas verser de redevances aux artistes était à la base vraiment étrange, voire arrogante. Chose certaine, le scénario est rêvé pour Taylor Swift, qui touche de cette façon de nombreux internautes, intéressés par Apple, pas nécessairement par sa carrière de chanteuse.»

Les réseaux sociaux permettent à une entreprise de mesurer en temps réel la réaction et l’attitude sociale de son public

Un billet de l'artiste publié ce dimanche sur son compte Tumblr a finalement eu raison du positionnement du géant. Elle y déclarait «trouver choquant et décevant» de ne pas être rémunérée pour son travail pendant les trois premiers mois offerts aux utilisateurs. Se plaçant en porte-parole des artistes dans le streaming, Taylor Swift a souhaité défendre ceux «qui redoutent de s’exprimer publiquement parce qu’on admire et respecte tant Apple».

Il aura suffi de moins de 24 heures à Taylor Swift pour faire changer d’avis la firme à la pomme. Eddie Cue, vice-président responsable des services et logiciels internet d’Apple, a déclaré ce dimanche soir sur son compte Twitter: «Apple Music va rémunérer les artistes pour le service de streaming y compris pendant la période d’essai gratuite», puis quelques minutes plus tard: « Taylor Swift et les artistes indépendants: nous vous avons entendus. Amicalement, Apple».

Le pire pour Apple n’était pas de perdre Taylor Swift, c’était de voir s’effriter sa cote de popularité auprès de la génération la plus importante pour elle : les jeunes consommateurs

La chanteuse s'est félicitée de cette modification. «Je suis ravie et soulagée. Merci pour vos mots de soutien. Ils nous ont écoutés», écrit-elle aux 59 millions d'abonnés de son compte Twitter.

«Les réseaux sociaux ont joué un rôle important dans le déroulement des événements parce qu’ils permettent à une entreprise de mesurer en temps réel la réaction et l’attitude sociale de son public, indique Yann Fortier. Apple s’est concentré sur l’essentiel: réagir vite, avec transparence, sans jouer les apitoyés ou, pire, tenter de se justifier. Pour y arriver, Twitter représente la plateforme idéale pour des géants internationaux avec des millions d’adeptes parce qu'elle incite à faire court et précis. Ils savent que les médias du monde vont s’y précipiter, surtout quand dans une même phrase on peut accoler les mots Taylor Swift, musique, argent et Apple.» Le pire pour Apple n’était pas de perdre Taylor Swift, c’était de voir s’effriter sa cote de popularité auprès de la génération la plus importante pour elle: les jeunes consommateurs, influencés par des personnes disposant d’un immense capital de sympathie et d’une réputation solide, comme la chanteuse. Apple ne vend pas des produits, elle vend un mode de vie. Elle doit donc être exemplaire.»

Rappelons qu’en novembre dernier, Taylor Swift était déjà montée au créneau en retirant l’intégralité de ses titres de la plateforme Spotify en raison de la trop faible rémunération des artistes propo­sée par la marque suédoise. 

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