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Politique fédérale: vers une campagne féroce

La campagne n’est pas officiellement commencée, mais les premières pubs laissent présager un échange musclé entre conservateurs et libéraux. Bernard Motulsky et Pierre Gince commentent.

Le Parti conservateur (PC), s’il ignore complètement le Nouveau parti démocratique (NPD), n’a pas d’éloges à l’endroit de Justin Trudeau: mis en scène dans un faux entretien d’embauche, il est décrit comme un candidat aux priorités futiles et que l’inexpérience trahit. «Beaux cheveux, par contre», conclut l’un des méfiants recruteurs. Si l’initiative ne fait pas dans la subtilité, elle est néanmoins efficace afin de mettre la table pour le début officiel de la campagne qui se tiendra dans un peu moins de cinq mois: «Il faut travailler sur l’impression – celle, par exemple, que Justin Trudeau est trop jeune pour diriger le pays, estime Bernard Motulsky, professeur du Département de communication sociale et publique de l'Uqam. Ce n’est pas un gros argumentaire, rien de compliqué, mais c’est une petite graine qui sert à semer le doute dans la tête des gens.»

Ce type de publicité négative risque-t-il de nuire au PC? Pas selon Bernard Motulsky, qui croit qu’il faut aussi montrer les dents en politique: «La campagne sera assez féroce – on ne pourra pas seulement montrer comment on est beau et fin. Il faudra aussi renforcer les perceptions négatives.»

Pierre Gince, président de Direction Communications stratégiques, estime pour sa part que la formule commence à être un peu éculée, après près de 10 ans au pouvoir: «On ressent une certaine fatigue dans cette dernière publicité, comme si une décennie au pouvoir a épuisé les stratèges en communication. La recette n’a plus autant de mordant.»

«Rappelons-nous que cinq mois en politique, c’est une éternité! Il n’est pas difficile d’imaginer que les trois partis adapteront leur stratégie lorsque les élections seront officiellement déclenchées.»

Cette publicité permet néanmoins aux conservateurs de se démarquer des deux autres partis, dont les axes de communication ont une cible similaire: la classe moyenne. Les libéraux misent sur leur chef Justin Trudeau, dont le charisme est bien mis de l’avant, selon Pierre Gince: «La publicité exploite bien l’aspect photogénique du chef, en y saupoudrant subtilement quelques engagements électoraux. Pourtant, c’est le genre de publicité qu’on aurait pu voir à son élection comme chef des libéraux en 2013, et non pas à cinq mois des élections. Rappelons-nous que cinq mois en politique, c’est une éternité! Il n’est pas difficile d’imaginer que les trois partis adapteront leur stratégie lorsque les élections seront officiellement déclenchées.»

Bernard Motulsky croit également que ce message manque de mordant: «Cette publicité n’est pas très efficace pour attaquer les conservateurs. Après neuf ans au pouvoir, il y a sans doute des éléments de fond qui cristallisent un mécontentement. Ils n’ont pas encore réussi à mettre le doigt dessus.»

Quant au NPD, sa mission est surtout de faire connaître son chef Thomas Mulcair, mais qui manque encore une peu d’originalité: « Ils profitent sans doute de la victoire en Alberta pour montrer que les Canadiens ne devraient pas craindre de voter pour le NPD. Ton positif, couleurs claires. Cette publicité ressemble à s’y méprendre à une annonce du défunt Jack Layton. On constate un manque d’imagination du côté du NPD.» 

 

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