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Instant Articles: bonne ou mauvaise nouvelle pour l’industrie?

Le nouvel outil de Facebook permet désormais aux éditeurs de publier un texte directement sur le réseau social – trois experts se prononcent sur les impacts d’une telle annonce, pour les médias, les annonceurs et les utilisateurs. 

The New York Times, BuzzFeed, National Geographic, NBC News, The Atlantic, The Guardian, Spiegel et Bild: neuf grands éditeurs sont déjà de la partie. Plutôt que d'être redirigés vers leurs propres sites, leurs lecteurs pourront lire leurs articles à même la plateforme sociale. L’utilisateur verra notamment une différence dans la rapidité avec laquelle il accédera au contenu: Facebook estimait à huit secondes le temps requis pour accéder aux textes; Instant Articles devrait rendre l’opération jusqu’à 10 fois plus rapide. En plus de la vitesse, Instant Articles offrira de nouveaux outils interactifs (cartes, vidéos, zooms, segments audio, etc.) afin de bonifier l’expérience de lecture.

«Il s’agit d’une annonce positive, pour Facebook, les éditeurs et les internautes.» 
- Thoma daneau

«Il s’agit d’une annonce positive, pour Facebook, les éditeurs et les internautes, estime le consultant en stratégie numérique Thoma Daneau. Les éditeurs contrôlent leur contenu et les publicités qui s’y trouvent, en plus d'atteindre encore plus de lecteurs, puisque le contenu sera natif à Facebook.»

Quant à la publicité qu’on y trouvera, les revenus reviennent aux médias eux-mêmes, qui pourront les garder ou les mettre à profit avec l’outil Facebook Audience Network, afin de monétiser l’inventaire invendu.

Cette façon de procéder serait-elle éventuellement amenée à changer? Frédéric Rondeau, associé d’Espace M, croit que Facebook pourrait être tenté de vendre lui-même la publicité afin de faire plus de profit, ce qui réduirait le contrôle des producteurs de contenu: «Si j’étais un média, je serais réticent à rendre mon contenu accessible dans une machine comme Facebook. Pour le moment, les revenus publicitaires peuvent être réservés aux producteurs et aux médias, mais Facebook a tendance à modifier ses politiques fréquemment. Pour des éditeurs comme New York Times et National Geographic, il est envisageable de négocier avec Facebook. Mais ce n’est pas le cas de tous les médias, surtout les plus locaux, qui ne font pas le même poids face à une telle organisation. Je ne pense pas que ce soit une bonne nouvelle pour les producteurs de contenu du Québec ou du Canada, par exemple.»

«Facebook est à l’avant-garde en matière d’expérience mobile et a très bien compris que ses utilisateurs voulaient passer du temps sur son réseau, puis jouir d’une expérience intégrée.»
- luc-andré cormier

Luc-André Cormier, vice-président, média et contenus, de Cossette, fait néanmoins valoir le potentiel pour les médias dont l’application mobile n’est pas encore bien développée: «Facebook est à l’avant-garde en matière d’expérience mobile et a très bien compris que ses utilisateurs voulaient passer du temps sur son réseau, puis jouir d’une expérience intégrée, organique. Un média dont l’application ne serait pas à la hauteur pourrait bénéficier de la plateforme en employant Instant Articles.»

Il évoque aussi le potentiel que ce nouveau format pourrait avoir aux yeux de grandes marques qui produisent elle-même du contenu: «Plusieurs annonceurs voudront partager leur contenu de la même façon, en articles, pas seulement être le big box intégré à l’intérieur du texte. Moi qui travaille à des projets de contenu avec des clients, j’aimerais pourvoir en profiter.»

«Les internautes n’auront plus besoin d’aller sur le site du New York Times pour le lire – et s’ils n’y vont plus, comment feront-ils pour monétiser ce qu’ils font? Elle est là, la menace.»
- frédéric rondeau

Et quel avenir pour Facebook?
Selon les experts, cette annonce s’inscrit dans une mutation soutenue pour Facebook: «Instant Articles lui permet de devenir un média sans devoir assumer les coûts de production de contenu, rappelle Frédéric Rondeau. Les internautes n’auront plus besoin d’aller sur le site du New York Times pour le lire – et s’ils n’y vont plus, comment feront-ils pour monétiser ce qu’ils font? Elle est là, la menace… Facebook a le beau jeu.»

Thoma Daneau conclut: «Bientôt, nous n’aurons plus besoin d’aller sur internet… et cela rendrait probablement Facebook heureux!»

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