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Etsy, un eBay en devenir?

La récente entrée boursière d’Etsy au Nasdaq a été beaucoup commentée, certains y voyant le signe d’une prospérité méritée, d’autres un changement de cap incompatible avec son identité première. Les points de vue de Jean-Michel Ghoussoub d'U92 et de Lorenzo Sterzi du site GoWestbee.

«une société proche de sa communauté qui s’associe au berceau du capitalisme sauvage, c’est choquant»

Etsy est certifiée B-Corp (et qui fait partie des trois seules B-Corp cotées en Bourse), ce qui implique qu’elle s’engage à répondre à des critères stricts d’impact social et environnemental, a réalisé une entrée plutôt fracassante en Bourse. L’entreprise avait déjà soulevé des questionnements en permettant aux artisans de vendre des produits dont ils signaient le design, mais pas nécessairement la production.

Les plus récentes inquiétudes concernent l’avenir de la plateforme, alors que l’entreprise devra répondre désormais aux attentes de ses actionnaires. D’après Jean-Michel Ghoussoub, vice-président, service client, et associé d'U92, «Etsy est une société grassroot conçue pour aider de petites entreprises locales et possède cette image très loin du capitalisme sauvage de Wall Street. Donc, ça inquiète sa communauté de la voir frayer avec les grosses banques. D’un autre côté, peut-être n’avaient-ils pas le choix d’aller chercher du capital pour rester en affaires. Ce qui est certain, c’est qu’aux yeux de plusieurs, une entreprise proche de sa communauté qui s’associe au berceau du capitalisme sauvage, c’est choquant.»

«Etsy n’est pas dépassée, mais est devenue, aux yeux de plusieurs, quelque chose de trop gros»

Lorenzo Sterzi, fondateur de GoWestbee, croit qu’un des problèmes identitaires d’Etsy n’est pas son entrée en bourse, mais sa croissance exponentielle: «Etsy n’est pas dépassée, mais est devenue, aux yeux de plusieurs, quelque chose de trop gros. Il s'agit une bonne plateforme pour les créateurs qui cherchent à obtenir de la notoriété, mais le contenu est dilué; il est difficile de s’y retrouver, car c’est devenu un bazar, un grand marché où il est possible de trouver tout et n’importe quoi.»

Place à la relève
Plusieurs nouveaux joueurs ont en quelque sorte pris la place qui avait été, jadis, celle d’Etsy au chapitre de la vente d’objets et de produits de consommation équitables et conçus localement, dans des conditions soi-disant «éthiques». Parmi eux, des entreprises comme Everlane, qui mise sur la transparence de ses communications et des conditions dans lesquelles travaillent les ouvriers dans les manufactures. Plus près de chez nous, des plateformes de vente en ligne, comme celle annoncée cette semaine, vaenligne.com, pour des produits québécois, et GoWestbee, une société émergente montréalaise qui valorise la production équitable par la vente de produits locaux (et occidentaux) sont apparues. Lorenzo Sterzi, dit à propos de l’idée ayant mené à la création de cette plateforme: «Je trouvais difficile de connaître la provenance des produits que j’achetais et de trouver un endroit où acheter qui pouvait procurer une forme de gage de qualité. Et comme les gens achètent de plus en plus en ligne, c’est là que le besoin se faisait sentir.»

Ainsi, le départ d’Etsy en Bourse, si décevant pour certains amateurs de l'Etsy des premiers jours, est possiblement une occasion pour d’autres entreprises de prendre la balle au bond et d’offrir des produits correspondant à des critères précis sur des plateformes adaptées à une telle offre.

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