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Guy Crevier: «Nos priorités sont claires»

Le groupe Gesca a fait de La Presse+ et de sa commercialisation une priorité, en vendant ses six quotidiens régionaux à Groupe Capitales Médias. Entretien avec le président et éditeur de La Presse, Guy Crevier. 

Vous avez vendu vos quotidiens régionaux à un groupe média nouvellement fondé par Martin Cauchon. Depuis quand étiez-vous en pourparlers?
Martin Cauchon nous a approchés il y a quatre mois. Lorsqu’une telle transaction survient, elle est à l’occasion le fruit d’une vision stratégique, mais ce n’est pas toujours le cas. Une transaction se déroule lorsqu’il y a un acheteur et c’est à la suite d'une négociation avec ce dernier que nous en sommes arrivés à cette entente.

Nous avons consacré beaucoup d’argent au développement de cette application, et nous cherchons à rentabiliser cet investissement.

Cette décision est toutefois cohérente, stratégiquement, avec les efforts que vous déployez pour La Presse+ depuis son lancement?
On peut dire que dans un environnement stratégique, tous nos efforts sont orientés vers La Presse+ et sa commercialisation à l’étranger. Notre progression est exceptionnelle: 60% de nos revenus proviennent de cette plateforme et 10% de nos autres environnements numériques. Quant à nos ouvertures quotidiennes, elles atteignaient dimanche dernier le nombre de 199 300, avec des temps de consommation qui dépassent parfois 40 minutes. Avec de tels résultats, plusieurs médias étrangers s’intéressent à notre modèle et à son application – réorganisation de la salle de nouvelles, des équipes de ventes, etc. La Presse+ est un vecteur important de création de valeur.

De plus, nous avons consacré beaucoup d’argent au développement de cette application, et nous cherchons à rentabiliser cet investissement. L’exportation de ce modèle constitue aussi une source de revenus.

Ces efforts de développement et de commercialisation se produisent-ils au détriment des journaux régionaux?
Je ne dirai pas que cela s’est fait au détriment des journaux régionaux, loin de là, mais ils avaient des priorités sur lesquelles nous ne nous sommes pas toujours penchés au mérite, puisque nos ressources et nos capitaux étaient dirigés vers La Presse+.

nos ressources et nos capitaux étaient dirigés vers La Presse+.

La séparation de ces deux groupes est bénéfique pour tout le monde. Nous pourrons nous concentrer sur La Presse+, alors que les journaux pourront définir leur propre priorité et leurs propres stratégies en fonction de leurs besoins. N’oublions pas que Martin Cauchon a fondé un groupe de presse dont la seule mission est l’information régionale. Il a une voix forte et dynamique, et des contacts auprès des gens d’affaires et des chambres de commerce régionales. Cela lui permettra d’obtenir du soutien, dans un contexte où une foule de groupes médias diminuent leurs ressources en région.

La Presse+ risque-t-elle de devenir un produit montréalocentrique?
Absolument pas. Au contraire, nous n’avons pas de limites de diffusion – La Presse+ ne connaît pas de barrières, si ce n’est que celle du wifi.

Rappelons que trois partenariats ont été établis aujourd’hui, sous formes contractuelles: d’abord, nous allons continuer de représenter les journaux régionaux pour la vente de publicité nationale. Ensuite, nous allons partager avec eux un certain nombre de technologies, dont La Presse+. Finalement, l’échange de textes est prévu entre nos deux groupes, ce qui permettra de diversifier les contenus.

Qu’en est-il des plateformes web de ces journaux, qui se trouvent actuellement sous l’enseigne de La Presse?
Elles auront leur propre marque.

Peut-on considérer que cette transaction est un prélude à l’arrêt de l’édition papier de La Presse?
D’aucune façon. J’aurais été très heureux de conserver les journaux régionaux dans leur version papier, tout en arrêtant celle de La Presse.

Ce qui déterminera l’arrêt de la version papier de La Presse, ce n’est pas la présence ou non des journaux régionaux.

Ce qui déterminera l’arrêt de la version papier de cette dernière, ce n’est pas la présence ou non des journaux régionaux, mais bien les résultats des études de migration que nous menons sur une base courante, axées sur la connaissance du produit auprès de nos abonnés et leur réaction à celui-ci. Nous notons que plus le temps passe, plus les gens constatent qu’il y a une fin inévitable au papier. Et lorsque nous aurons atteint un certain niveau et que les gens auront vraiment compris et accepté notre modèle, nous ferons le saut.

Je ne dis pas que le modèle papier est mort, mais sur une période de 20-30 ans, ce n’est plus possible, cela ne correspond plus à la réalité dans laquelle nous vivons.

En terminant, que prévoyez-vous pour la suite des choses?
Avec notre récent partenariat avec le journal Toronto Star, nous sommes à l’école de l’implantation. Nous apprenons énormément, non seulement sur l’aspect technologique, mais sur la question de la réorganisation qu’un tel changement demande. Nous espérons tôt ou tard signer un contrat avec un autre groupe. Nos priorités sont claires: La Presse+ et sa commercialisation.

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