La référence des professionnels
des communications et du design

Gesca: l’avis des experts sur la transaction des quotidiens

On apprenait mercredi que les six quotidiens régionaux de Gesca changeaient de mains; trois directeurs médias se prononcent sur ce que cette transaction laisse présager pour le paysage médiatique d’ici.

dominique verdon

Dominique Verdon, vice-président et directeur de groupe de Carat
La décision de Gesca n’est pas étonnante. Elle est la suite logique des choix de l’entreprise depuis deux ans. Gesca a décidé d’embrasser les plateformes numériques comme La Presse+, Lapresse.ca et La Presse Mobile au profit de la plateforme papier de La Presse. On peut penser que cette dernière reste la propriété de Gesca en raison des liens de contenu et de complémentarités avec La Presse+, leur produit phare.

Gesca a DÉCIDÉ d’embrasser les plateformes numériques au profit de la plateforme papier de La Presse.

La nouvelle locale est présentement un enjeu. Radio-Canada a récemment annoncé que ses bulletins d’informations seraient réduits à 30 minutes pour plusieurs régions du Québec. Il sera donc très intéressant de regarder comment la nouvelle entreprise, Groupe Capitales Média, pilotera ses quotidiens avec une croissance constante de la consommation numérique partout au Québec.

luis areas

Luis Areas, directeur de planification, service médias, de Marketel
La présence québécoise de Gesca sera désormais consolidée en un produit innovant, qui ne devra plus être géré comme une marque montréalaise, mais bien panquébécoise – La Presse est parfaitement outillée pour produire du contenu destiné à l’ensemble du Québec – et éventuellement internationale: elle peut notamment vendre son modèle à l’étranger. Il était donc sans doute plus simple de céder les quotidiens régionaux que d’entreprendre leur passage du papier au numérique. 

Quant aux quotidiens régionaux, la question en est une d’engagement, plus que de revenus publicitaires.
 

Ces quotidiens conserveront leur pertinence, du moins pour le moment. Martin Cauchon, en tant qu’ancien ministre, possède un grand pouvoir de persuasion auprès des chambres de commerce régionales, pour aller cherche du soutien. Aussi, la question en est une d’engagement, plus que de revenus publicitaires: il est en meilleure position qu’un grand groupe média, dont le spectre des priorités est beaucoup plus grand, pour entreprendre des conversations directes avec les annonceurs afin de s’assurer qu'ils n’abandonnent pas ces quotidiens. 

frédéric rondeau

Frédéric Rondeau, associé d'Espace M
Une question subsistait depuis le lancement de La Presse+, à savoir le moment où les autres propriétés de Gesca passeraient aussi en tablette. Ce déroulement nous semblait logique dans la perspective où La Presse+ est amenée à remplacer La Presse papier dans un avenir plus ou moins rapproché.

Ce déroulement semble logique dans la perspective où La Presse+ est amenée à remplacer La Presse papier dans un avenir plus ou moins rapproché. 

La réponse semble être venue de cette transaction: on voit que Gesca a choisi de se concentrer sur le développement de La Presse+, un quotidien essentiellement montréalais, laissant pour compte la migration vers les plateformes numériques en tablette des quotidiens des autres marchés du Québec.

Il est difficile d’expliquer les raisons de cette décision, mais voici quelques hypothèses: 
- Gesca a simplement choisi de concentrer ses ressources vers La Presse+ par souci d’efficacité et de rapidité; 
- Ou alors le groupe s’est trouvé dans l’impossibilité de transférer les autres propriétés du groupe – une telle métamorphose nécessite de profonds changements dans l’organisation du travail et la culture d’entreprise – et a simplement décidé de s’en départir… ce qui nous ramène à la première hypothèse. 
- Peut-être aussi que la migration des autres propriétés du groupe vers le format tablette ne se justifiait pas d’un point de vue financier, puis que la production et distribution de quotidiens papier ne fasse plus partie des plans de Gesca, d’où la nécessité de s’en départir. 

On peut sûrement penser qu’il s’agit d’une combinaison de ces trois facteurs. S’agit-il d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle pour les quotidiens régionaux? Ces derniers jouissent habituellement d’un lectorat plutôt fidèle, de par le rôle de pôle socio-économique qu’ils y jouent à l’échelle régionale. À cet égard, ils sont sans doute plus susceptibles de conserver leurs lecteurs en édition papier, dans la mesure où l’édition numérique tablette est peu ou pas disponible. Ils ne pourront toutefois le faire de façon pérenne et devront à leur tour prévoir le passage aux versions tablettes. C’est sans doute là que le bât blesse, à court terme, puisqu’il leur sera probablement plus difficile de bénéficier des ressources de Gesca à cette fin.

(Photo de couverture: Le Soleil)

comments powered by Disqus