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Fermetures à répétition: quel avenir pour le commerce de détail?

Dans la foulée de nombreuses annonces de fermeture, dont celle récente des boutiques Parasuco, entretien exclusif avec Guillaume Bouchard, chef de la direction d'iProspect.
 

Guillaume Bouchard

Chef de la direction, Canada, d'iProspect

Parasuco ferme ses boutiques au Canada, mais maintient sa présence en ligne. Que peut-on décoder de cette annonce? 
Les détaillants canadiens font face à une concurrence accrue des grandes marques internationales, ce qui met rudement à l’épreuve le modèle d’affaires traditionnel. Faute d’adaptations et de mises en valeur adéquates des particularités de leurs produits, ils se voient contraints de fermer boutique. Dans ce nouveau contexte, le maintien des activités en ligne de Parasuco constitue une bonne nouvelle (relativement bien sûr) puisqu’elle signifie que le savoir-faire de cette marque d’ici ne sera pas perdu, mais vivra sous une autre forme.

Est-ce que cela annonce la fin des boutiques physiques? Le web devient-il graduellement la seule option viable au commerce?
Je ne crois pas que les boutiques physiques disparaîtront, mais leur vocation est certainement en pleine évolution. Les détaillants, principalement dans le vêtement, verront sans doute la pratique du showrooming prendre de l’ampleur au cours des prochaines années, car le besoin de toucher et d’essayer les vêtements demeurera présent. Les stocks à conserver diminueront, et les consommateurs, une fois le vêtement essayé, pourront le commander en ligne à partir d’un inventaire global.

Il deviendra de plus en plus important de concevoir les expériences en ligne et hors ligne comme une même expérience et de cesser de les considérer comme des silos.

Il deviendra de plus en plus important de concevoir les expériences en ligne et hors ligne comme une même expérience et de cesser de les considérer comme des silos. En effet, puisque le marketing numérique permet de cibler de façon très précise les consommateurs les plus précieux, cela assure aux détaillants d'investir de façon mieux ciblée et efficace leurs budgets de marketing, puis de stimuler le drive to store.

Les récentes faillites nous apprennent-elles quelque chose sur la lenteur des entreprises à être présentes sur le web?
Les récentes faillites semblent une conséquence de la performance limitée des entreprises canadiennes sur le web par rapport à leurs concurrents américains et mondiaux. Les entreprises d’ici continuent d'octroyer une part relativement faible de leurs budgets de marketing à leurs activités en ligne, et ne se donnent donc pas les moyens d’évoluer assez vite.

On observe en effet, depuis quelques années, une disparité croissante entre le comportement des consommateurs et l’offre en ligne des détaillants canadiens. Le volume d’achat des consommateurs en ligne québécois ne cesse d’augmenter, mais leur fidélité est très volatile. Ils n’hésiteront pas à dépenser leurs dollars ailleurs si leurs besoins sont mieux comblés et si leur expérience d’achat en ligne est meilleure chez la concurrence internationale. Les détaillants canadiens en position précaire n’ont pas été en mesure de saisir cette occasion et ont réagi souvent trop tard et de façon trop timide aux évolutions du marché.

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