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Sida: un désintérêt pour la maladie?

À l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le sida, Infopresse fait le point avec le docteur Réjean Thomas sur les communications entourant la maladie, qui diminuent. 

réjean thomas

docteur et fondateur de la clinique l'actuel

L’éducation et la communication d’abord
«Les gens ne meurent plus du sida, dans les pays riches du moins. Le sujet n’a donc plus la même importance aux yeux du public.» C'es ce que constate le fondateur de la clinique L'Actuel, Réjean Thomas, qui confirme qu’il y a bel et bien un désintérêt pour le sujet aujourd'hui et qui déplore cet état de fait. Pour le spécialiste, la solution au problème du sida passe avant tout par l’éducation et la communication. Rappelons que les cours d’éducation sexuelle ne sont plus prodigués au Québec depuis 2005, mais qu’un projet pour leur rétablissement est en cours dans une quinzaine d’écoles volontaires au Québec. 

le sida ne pardonne pas

Marketel, 2003

Sur le plan des communications, la dernière campagne d’information et de sensibilisation sur la prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang du ministère québécois de la Santé et des Services sociaux remonte à 2012-2013. Conçue par l’agence Kbs+ et déclinée sous le thème Protège ta liberté – Avec le condom, on se sent plus léger, elle était surtout orientée autour de l’importance du port du condom. Quant à la Journée mondiale du sida, elle a été soulignée par le ministère en 2013 pour la dernière fois. Le temps des offensives de choc comme Le sida ne pardonne pas, créée par Marketel et déployée en 2003, semble révolu: «Je ne me souviens pas de la dernière grande campagne de communication entourant le sida, mais ça fait longtemps», affirme Réjean Thomas.

Le temps des offensives choc comme Le sida ne pardonne pas, créée par Marketel et déployée en 2003, semble révolu.

Que le sujet ne fasse plus les manchettes contribue à une recrudescence de la propagation du virus chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes de 15-24 ans, malgré une diminution du nombre annuel de nouveaux diagnostics de VIH (MSSS, 2013). Par ailleurs, Réjean Thomas souligne que plusieurs autres infections transmises sexuellement connaissent un essor sans précédent. «En 1998, on diagnostiquait trois ou quatre cas de syphilis par année. Maintenant, c’est 600 annuellement au Québec.»

«Aujourd’hui, personne ne tolÉrerait l’homophobie dans son entourage. Nous ne sommes pas encore rendus là avec les sidaTIQUES.»

Tabous persistants  
Si les avancés scientifiques ont été considérables ces dernières années en matière de traitement du sida, c’est sur le plan social que le travail reste à accomplir: «Prenez les homosexuels par exemple. Aujourd’hui, personne ne tolérerait l’homophobie dans son entourage. Nous ne sommes pas encore rendus là avec les sidatiques. Ils subissent encore une grande stigmatisation.»

Afin de lutter contre elle, le magazine autrichien Vangardist, normalement offert uniquement en ligne, a fait imprimer le printemps passé 3000 exemplaires d’un hors-série papier, dont l’encre a été mêlée à du sang provenant de séropositifs. Intitulé #HIVHeros, il était emballé d’une pellicule de plastique sur laquelle était inscrit Brisez le sceau, brisez le tabou. Imaginé par le bureau suisse l’agence Saatchi & Saatchi, ce coup de publicité a retenu l’attention mondialement – et a valu quelques trophées à son agence (notamment six des sept Lions remportés par la Suisse à Cannes cette année).

Dans le même ordre d’idées, l’acteur américain Charlie Sheen a fait une sortie publique sur le plateau de l'émission Today Show il y a deux semaines, déclarant être séropositif.

Les entreprises et personnalités publiques partagent-elles avec le gouvernement la responsabilité de communiquer davantage à propos de la maladie? Réjean Thomas n’est pas de cet avis, même s’il s’interroge sur le poids, par exemple, des réseaux sociaux dans ce débat: «Les jeunes ne sortent plus dans les bars; c’est sur les applications comme Tinder et Grinder qu’ils font la plupart de leurs rencontres aujourd’hui. Alors, oui, peut-être que les dirigeants de ces entreprises pourraient avoir une part de responsabilité dans les communications entourant l’éducation sexuelle.»  

En septembre 2013 Télé-Québec a diffusé l’épisode d'une série produite par Infopresse Télé, 30 secondes pour changer le monde, consacré au sida. À l’époque, les spécialistes interrogés étaient déjà d’accord que le débat sur le sujet était à réanimer. Visionnez cet épisode intégralement, qui retrace entre autres les grandes campagnes sur la prévention du sida, sur le site web de l’émission

En couverture: le hors-série #HIVHeros publié par Vangardist en avril dernier.

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