La référence des professionnels
des communications et du design

Gregory Charles: d'artiste à groupe média

Depuis le 24 octobre, Radio-Classique, acquise par le Groupe Musique Greg ce printemps, est devenue La radio des classiques. Gregory Charles explique son affection pour ce média, son modèle d’affaires et sa stratégie de programmation. 

Gregory Charles a créé le Groupe Musique Greg il y a quelques années, à partir de ses propres activités artistiques. Aujourd’hui, l’entreprise œuvre dans les spectacles vivants, les événements d’envergure et même dans l’édition de livres. Mais Gregory Charles ne s’en cache pas, il voit ce groupe grandir à long terme. Le printemps dernier, cette expansion s’est traduite par l’acquisition des deux stations de radio de Jean-Pierre Coallier, Radio-Classique.

Nouvelle identité, nouvelle programmation
Radio-Classique, autant à Montréal qu’à Québec, change de nom et devient La radio des classiques. Mais ce n’est pas qu’un changement de nom, il représente aussi la nouvelle programmation. «Sans balayer la nature de cette antenne de musique classique, je l’ajuste à ma définition de ce qui est un classique, explique Gregory Charles. Il y a premièrement une volonté d’étendre la portée à l’intérieur même de la musique classique, en y intégrant de l’opéra par exemple. Deuxièmement, des chansons de la musique pop qui ont survécu au temps y seront présentées. Parce que dans le fond, c’est ça, un classique.» En syntonisant La radio des classiques, les auditeurs pourront donc autant entendre la 5e symphonie de Beethoven que des compositions d’Édith Piaf ou de John Lennon, tout à fait à l’image de Gregory Charles.

«Sans balayer la nature de cette antenne, je l’ajuste à ma définition de ce qui est un classique.»

Qui plus est, La radio des classiques demeurera une station principalement musicale. Mais «un souhait d’en faire quelque chose de plus personnalisé» a amené à choisir des animateurs qui pourront expliquer leurs choix musicaux et l’interprétation de chaque chanson, explique Gregory Charles. Notamment, Marc Hervieux, Bernard Derome et Gregory Charles sont à la barre de nouvelles émissions depuis le 24 octobre.
 

Choisir la radio
En 2015, à l’ère du numérique, le choix de se lancer en radio peut surprendre. Encore plus lorsqu’on parle de musique classique. Mais pour Gregory Charles, c’est une suite logique pour son groupe, de par la nature de ce média, qui l’a toujours passionné. «J’aime ce média. En plus d’avoir fait de la radio durant toutes les années 90 et 2000, c’est un média que je respecte. Il est très personnel, de proximité, de solitude, de précision et très local, ce qui lui permet de toucher les auditeurs d’une façon unique.»

Qui plus est, selon Gregory Charles, la radio est un média en santé: «Les marges de profit, aussi difficiles soient-elles par rapport à il y a 20 ans, se portent plutôt bien. Si tu diriges une antenne comme il faut, en contrôlant bien tes dépenses et si tu as un créneau suffisamment spécial pour générer de l’intérêt, tu peux être performant.» Il rappelle d’ailleurs que, même à cette époque où les médias traditionnels vivent une révolution, les stations de radio se vendent cher. Et de toutes façons, «les idées empreintes de folie sont souvent les plus intéressantes», rappelle Gregory Charles.

Un modèle d'affaires immersif
La radio des classiques fait maintenant partie du Groupe Musique Greg et adoptera donc son modèle d’affaires. Au-delà de la vente de publicité, Gregory Charles cherche à faire ce qu’il appelle de l’immersion corporative.

«lorsque j’ai eu des partenaires et des commanditaires, j’ai eu tendances à les adopter dans tout ce que je faisais.» 

«Ces 10 dernières années, lorsque j’ai eu des partenaires et des commanditaires, j’ai eu tendances à les adopter dans tout ce que je faisais. J’essaie donc de trouver des partenaires qui ont envie de s’associer avec nous pour la radio, mais aussi nos autres activités, pour s’aligner avec ce que nous représentons comme petit groupe média.»

Cibler tout le monde
Il qualifie lui-même sa réponse d’ennuyante, mais lorsqu’on lui demande quel est son public cible, il explique que sa programmation est accessible à tout le monde, parce que «tout le monde est susceptible d’être amateur de classiques».

«Quand les jeunes jouent à Assassin’s Creed ou à War Craft, ils consomment de la musique classique.» 

Premièrement, selon Gregory Charles, le fait que seules les personnes âgées écoutent la musique classique est un mythe. «90% des gens qui pratiquent la musique classique au Québec ont moins de 18 ans. Les producteurs les plus importants de musique classique des 30 dernières années sont les producteurs de films et de jeux vidéo. Alors quand les jeunes jouent à Assassin’s Creed ou à War Craft, ils consomment de la musique classique. Et le milieu de la musique classique fait de plus en plus de croisements. On n’a qu’à penser à l’OSM et ses partenariats avec Fred Pellerin ou Les Trois Accords.»

Deuxièmement, Gregory Charles explique que la musique, perçue comme plus marginale aujourd’hui, est en fait bien présente au Québec. «Il y a plus d’institutions de musique classique dans les grandes villes du Québec que de tout autre genre de musique. Montréal compte quatre orchestres symphoniques, huit en comptant les orchestres universitaires. Il y a un festival d’opéra à Québec et plusieurs infrastructures de musique classique, comme le Palais Montcalm.»

Annoncer le changement
Pour annoncer le changement, Groupe Media Greg a déployé deux stratégies: en ondes et hors ondes. En ondes, la saveur de la station est annoncée en insistant sur les personnalités au micro et aussi sur la marque de La radio des classiques avec des signatures comme «De Mozart à Lennon» et «De Calas à Piaf».

Hors d’ondes, une offensive visuelle, pensée par Tank, s’expose sur les panneaux des routes à Québec et à Montréal, en affichage sauvage et sur le web.

Prudence
Enfin, Gregory Charles insiste sur un point. Il a bel et bien une volonté d’expansion pour son groupe média, mais n’a pas l’intention d’aller trop vite. «Pour toute entreprise, la partie la plus difficile n’est pas l’acquisition, mais l’intégration de ces acquisitions. Groupe Musique Greg est encore un petit groupe média, et il faut respecter notre capacité d’intégration.» 

comments powered by Disqus