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«Le Québec suscite de l’appétit pour des firmes étrangères et c’est tant mieux»

L’intégration de nos fleurons québécois à de grands conglomérats favorise-t-elle ou nuit-elle à notre industrie? Damien Lefebvre, coprésident de l’agence W.illi.am/Valtech, est de ceux qui croient qu’il est temps de mettre la mondialisation à l’ordre du jour.

L’Association des agences de communication créative (A2C) vient de dévoiler une étude sur l’impact économique de la communication-marketing au Québec. On y apprend notamment que le Québec a perdu 30% de ses sièges sociaux depuis 1999. 

Cette annonce coïncide avec la création du Groupe Police, qu'un des cofondateurs, le chef de la direction de Bleublancrouge, Sébastien Fauré, décrit comme une organisation visant à «servir et protéger» les entrepreneurs d’ici. Sa mission? Garder les profits, tout comme les pouvoirs décisionnels au Québec, afin de soutenir l’enrichissement de notre industrie locale et le rayonnement de notre talent, ici comme ailleurs.  

Damien Lefebvre, coprésident de l’agence W.illi.am/, propose un autre son de cloche, dans cette lettre ouverte qu’Infopresse publie dans son intégralité.

Le Québec suscite l’appétit de firmes étrangères et c’est tant mieux 

Les récentes acquisitions de certains fleurons numériques au Québec constituent une excellente nouvelle pour notre province et n’induisent pas une déperdition de valeur comme certains voudraient le laisser entendre. 

Posons-nous les bonnes questions. Aurait-il été préférable pour le Québec que ces investissements étrangers profitent à d’autres villes d’Amérique du Nord? Devons-nous entrer dans une démarche protectionniste alors que l’économie n’a jamais été aussi ouverte et mondialisée? Faut-il voir d’un mauvais œil l’intérêt que suscite le Québec pour les investisseurs étrangers grâce au talent développé en matière de créativité numérique et d’innovation? Ces récentes acquisitions ne vont-elles pas générer un rayonnement positif et donc un effet d’aubaine général sur l’économie numérique québécoise? Et surtout, faut-il forcément voir dans l’acquisition d’une entreprise par un grand groupe un frein à son développement ou au contraire une occasion de croissance? 

L’intégration dans un gros groupe peut être un accélérateur de croissance et représente une oCCASION pour le marché local. 

Le rachat cet été de W.illi.am/ par le groupe français Valtech démontre que l’intégration dans un gros groupe peut être un accélérateur de croissance et représente une occasion pour le marché local. Valtech n’est pas seulement venu chercher un territoire, ils ont déjà un bureau new-yorkais. Ils ont surtout investi dans un savoir-faire en matière de créativité et d’innovation qu’ils veulent infuser dans leur réseau à l’international. Pour W.illi.am/Valtech, c’est donc une formidable possibilité de développement sur l’ensemble du territoire canadien, mais aussi aux États-Unis. Pour preuve, en seulement quatre mois, les équipes de Montréal ont eu la chance de travailler pour plusieurs marques figurant dans le top 100 des entreprises américaines. Cela ouvre de nouvelles perspectives stimulantes pour les collaborateurs de W.illi.am/Valtech, mais c’est également un atout supplémentaire pour nos clients canadiens, qui bénéficieront d’une expertise locale encore plus avancée. Cette acquisition constitue assurément une bonne nouvelle pour l’économie locale, car nous prévoyons une croissance organique de 50% pour 2016 et 40 nouveaux emplois à pourvoir dans les 18 prochains mois. 

L’idée selon laquelle il faudrait attendre deux ou trois générations pour qu’une entreprise prenne une envergure nationale ou internationale me paraît désuète.

Quand je vois l'effet d'accélération que peuvent apporter ces investissements étrangers à l’industrie québécoise du numérique, je suis surpris d’entendre que ces fleurons ont été cédés trop prématurément par leurs actionnaires. L’idée selon laquelle il faudrait attendre deux ou trois générations pour qu’une entreprise prenne une envergure nationale ou internationale me paraît désuète. Nous ne sommes plus au XIXe siècle, le capital n’est plus la propriété de quelques familles dynastiques. La révolution industrielle est bien loin derrière nous, nous sommes au cœur d’une nouvelle révolution qui modifie profondément notre économie et dont un des fondements est la rapidité et la mondialisation de l’information. Google, Facebook, Amazon ont-ils eu besoin de plusieurs générations pour prendre une envergure mondiale et bouleverser l’échiquier économique? Nous sommes dans une ère où tout va plus vite et c’est une occasion de développement inouïe pour les entrepreneurs d’aujourd’hui.  

Dans ce contexte, je ne crois donc pas à cette notion de générations. En revanche, je suis convaincu que le coaching est de plus en plus nécessaire pour le développement solide et rapide des jeunes sociétés numériques. En effet, le rôle des dirigeants a complètement évolué. Fini le temps où seuls les patrons savaient et ceux en bas exécutaient. Nous sommes aujourd’hui dans une société de la connaissance. Toutes les entreprises ont accès au savoir, les employés savent, et le rôle des dirigeants est de produire la dynamique de la créativité.

En couverture: Damien Lefebvre, coprésident de W.illi.am/Valtech

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