La référence des professionnels
des communications et du design

Karl-Frédéric Anctil: «Il faut appliquer à son agence ce qu'on prêche pour ses clients»

L’agence montréalaise Écorce célèbre ses 10 ans ce jeudi. Retour en mots et en images sur l’évolution de cette firme indépendante et sur l’avenir des agences d’ici avec Karl-Frédéric Anctil, président et directeur de création d'Écorce.

L’entreprise, créée alors que Karl-Fréderic Anctil n’avait que 27 ans, était à la base menée par son caractère de «gars de marque», selon ses propres mots. Ayant travaillé en agence, mais assez brièvement, il a mené Écorce à concevoir son propre modèle, n’ayant pas certains «réflexes de grandes agences, pour le mieux et le moins bon».

Tout le monde aujourd’hui est très créatif. Il faut ainsi éviter l’erreur facile de faire du beau pour faire du beau.

Elle se positionne aujourd’hui comme une agence de communications, souvent reconnue pour le design de ses pièces. Mais selon Karl-Frédéric Anctil, le design, s’il représente l’aspect le plus facilement remarquable, n’est pas le seul souci des gestionnaires. «Le travail est d’abord en amont, pour la marque, puis nous déclinons le tout dans les communications. Le design vient de pair avec le travail de stratégie assuré par mon associée Véronique Desrosiers.»

Les défis des agences aujourd’hui
Selon Karl-Fréderic Anctil, les agences devront faire face à de nombreux défis dans les prochaines années, notamment en ce qui a trait aux agences de référence, un modèle qui tend à disparaître.

«Ce qui arrive aux États-Unis constitue un bon exemple, là où les grands annonceurs, comme Best Buy, décident d'aller en appel d’offres pour chaque campagne.» C’est la raison pour laquelle, chez Écorce, les gestionnaires ont intentionnellement préféré rester en petit nombre, avec beaucoup de partenaires, afin de profiter d’une plus grande flexibilité. 

L’autre tendance menaçant l’industrie selon lui est celle, du côté de l’annonceur, de se créer des équipes à l’interne, afin de faire baisser les coûts. «Le plus dur dans l’industrie en ce moment n’est même plus de se concurrencer entre agences, mais avec nos clients. Le travail change. Donc, il faut bien positionner l’offre de création, de stratégie et de direction artistique, et eux s’occupent de la déclinaison.»

le plus dur dans l’industrie en ce moment n’est même plus de se concurrencer entre agences, mais avec nos clients. 

Créativité, un terme galvaudé?
Karl-Frédéric Anctil reste critique de ce qui se fait en design aujourd'hui en publicité. Un de ses constats est que «tout le monde aujourd’hui est très créatif. Il faut ainsi éviter l’erreur facile de faire du beau pour faire du beau, puis revenir au fait que le design doit répondre à des objectifs».

Un défi pour les designers, donc, que de se démarquer du lot? Karl-Frédéric Anctil croit que le principal enjeu est surtout de détacher l’attention accordée à ce qui est tendance afin d’aller chercher des inspirations ailleurs. «Les designers doivent se détacher des blogues de design. Si le focus est mis uniquement sur ce qui est beau en design, le travail est confiné à son époque et il n’innove pas. C’est parfois la voie à prendre lorsqu’on s’adresse à une clientèle très touchée par ce type d'imagerie, mais ça ne doit pas devenir un réflexe.»

Et selon ce que Karl-Frédéric Anctil a vécu chez Écorce, en tant qu'entreprise, lorsqu'il est question de son propre branding, «il faut tenter d’appliquer à son agence ce qu'on prêche pour ses clients, et se développer une identité propre.»

Son constat vis-à-vis de ces 10 dernières années? «Ma plus grande fierté reste de gagner des mandats face aux plus grandes agences. De faire partie de cette compétition s'avère un grand plaisir, et voir ce que les autres font demeure intrigant.» 

---

Pour célébrer les 10 ans d'Écorce, retrouvez dans le carrousel 10 créations marquantes de l'agence.

En couverture: Karl-Frédéric Anctil

comments powered by Disqus