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Agences: de Toronto... à Montréal

Depuis l’automne, les agences Rethink, Union et John st., sans compter DDB déjà en place à Toronto, ont ouvert à Montréal. Coïncidence ou conjoncture? Alain Tadros, président de Publicis Montréal et actuel président de l’AAPQ, fait le point.

alain tadros

Tous ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de ces agences, qui ont toutes pignon sur rue à Toronto, en sol québécois. Qu’en pensez-vous?
Il faut se réjouir de l’intérêt que prennent les agences torontoises pour le Québec. Cela démontre l’importance qu’on doit accorder au marché d’ici au sein du Canada. Aussi, il est essentiel pour ces joueurs d’être présents au Québec pour comprendre nos enjeux et nos consommateurs.

IL faut se réjouir de l’intérêt que prennent les agences torontoises pour le Québec. 

C’est une bonne chose d’avoir de nouveaux joueurs qui contribuent à faire grandir notre industrie et à faire rayonner notre créativité. Le partage peut se faire dans les deux sens: nous pouvons nous-mêmes profiter d’un influx de talent canadien. Cela créera des agences nationales plus fortes, et nos clients en bénéficieront en bout de piste.

À vos yeux, la créativité québécoise ne s’en trouve donc pas menacée?
Absolument pas; j’y vois même l’occasion de rehausser globalement le produit des agences canadiennes et d’élaborer des solutions plus créatives pour les annonceurs qui traitent ici.

Les agences torontoises, en s’établissant ici, doivent contribuer à la création québécoise.

Une chose est cruciale, cependant: les agences torontoises, en s’établissant ici, doivent contribuer à la création québécoise, puis faire travailler nos artisans d’ici. Elles ne doivent pas confiner leur bureau québécois à de l’adaptation de campagnes anglaises destinées au marché du Québec. Une telle attitude marquerait un recul à l’ère pré-Jacques Bouchard. Et si c’est le comportement que ces agences adoptent, elles ne perceront pas ici – et ne représenteront pas non plus une menace.

Il en va donc de même pour la culture d’entreprise...
Tout à fait. Nous devons maintenir une culture d’agence dans laquelle le Québec occupe une place importante. C’est un facteur essentiel pour être une agence nationale forte.

Il ne faut pas confondre la propriété d’une agence avec le travail de ses artisans québécois.

Il ne faut pas confondre la propriété d’une agence avec le travail de ses artisans québécois. Prenons Cossette, par exemple: l’agence ne deviendra pas moins québécoise du jour au lendemain parce que son propriétaire est chinois (NDLR: la société chinoise BlueFocus possède 85% des parts de Vision7, achetées à l'américaine Mill Road Capital en décembre). Idem pour Publicis, de propriété française: notre ADN ne s’en trouve pas changé. D’ailleurs, il en va de même pour les agences québécoises qui s’installent en Ontario. Elles doivent répondre aux besoins des annonceurs dans ce marché.

Devrait-on songer davantage à sortir du Québec?
Absolument. Notre travail est de niveau international et nous n’avons aucune raison d’être gênés de notre travail, face au reste du Canada comme ailleurs. Plusieurs agences s’illustrent déjà à l'étranger.

Ce que je souhaiterais davantage, ce serait plus de consolidation, plutôt que de multiplier le nombre de petits joueurs. Je crois que le marché est mûr pour ça. Pourquoi les agences torontoises qui ouvrent au Québec ne cherchent-elles pas plutôt à s’allier avec des agences locales? Cela créerait des joueurs plus forts.   

En terminant, peut-on prévoir une augmentation des revenus publicitaires avec l’arrivée de ces nouveaux joueurs ici?
Je ne crois pas que la tarte des revenus publicitaires s’en trouvera accrue, pas à court terme du moins. Mais leur présence contribuera à rehausser la pertinence et l’optimisation des solutions que nous mettrons de l’avant.

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