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Lettre ouverte d'Hubert T. Lacroix

Dans une lettre ouverte, Hubert T. Lacroix, président-directeur général de Radio-Canada/CBC, sollicite l'aide des Canadiens.

«Peu d’entre vous seront surpris de lire que le radiodiffuseur public traverse une période difficile. Toutefois, nous ne sommes pas les seuls. C’est l’ensemble de l’écosystème des médias qui est en mutation.

La technologie, les habitudes des consommateurs et les attentes des auditoires changent presque quotidiennement et, partout dans le monde, l’industrie redéfinit ce qui est pertinent et façonne une toute nouvelle réalité. Avec pour conséquence que notre propre environnement médiatique est de plus en plus défini par des géants mondiaux, que l’industrie canadienne est contrôlée par un plus petit nombre de gros joueurs et que le radiodiffuseur public doit en faire plus avec moins.

En 1936, CBC/Radio-Canada a été créée pour s’assurer que le Canada avait une voix sur ses propres ondes. Dans la réalité numérique d’aujourd’hui, le besoin d’avoir une lunette pour voir et comprendre le Canada et le monde s’est intensifié. Le désir et le besoin d’avoir notre propre espace n’ont jamais été aussi grands.

Si nous croyons à la radiodiffusion publique, nous devons lui donner les moyens de réussir. En dollars d’aujourd’hui, notre financement public a chuté d’environ 40% depuis 1991. Sur 18 grands pays occidentaux, le Canada arrive troisième avant-dernier pour le financement public par habitant. Chacun de nous paie seulement 29 $ par an – c’est 7 cents par jour et 60% de moins que la moyenne mondiale qui est de 82 $ – pour 88 stations de radio et 27 stations de télévision, trois services entièrement numériques, deux chaînes de télévision d’information spécialisées (Ici RDI et CBC News Network) et d’autres services, incluant des chaînes de musique numérique. Tout ça, dans les deux langues officielles et sur six fuseaux horaires.

Tous les radiodiffuseurs font face à un marché publicitaire faible et à une industrie en pleine transformation. Tout indique qu’il s’agit d’une nouvelle réalité. La presse écrite connaît aussi des difficultés. Nous comprenons. Mais bien que nous partagions certains défis avec les radiodiffuseurs privés, nous sommes uniques sur un aspect très important: c’est à vous, le public canadien, que nous devons rendre des comptes.

Nous sommes fiers du rôle que nous avons joué dans la création d’un espace médiatique canadien unique depuis maintenant près de 80 ans. Nous offrons un point de vue canadien sur le monde grâce à nos 23 correspondants à l’étranger qui, à partir de l’Ukraine, de la Syrie, de Washington et des pays en croissance rapide, présentent l’actualité internationale dans une perspective canadienne. Ici même au Canada, nous desservons de multiples communautés, dont les communautés de langue officielle en situation minoritaire, dans toutes les régions et nous faisons en sorte que leurs voix soient entendues. Nous desservons également le Grand Nord, dans huit langues autochtones. Nous offrons des émissions de radio parlée de haut calibre à des millions d’auditeurs, nos services en ligne permettent de découvrir les musiciens canadiens émergents et nos grilles de télévision aux heures de grande écoute présentent le Canada aux Canadiens comme aucun autre radiodiffuseur ne le fait, notamment avec des émissions comme 30 vies, Unité 9, Heartland et Republic of Doyle.

Si, comme pays, nous croyons à la radiodiffusion publique, nous devons l’appuyer. Nous devons lui donner un mandat qui reflète la complexité de l’environnement médiatique actuel, et lui donner les ressources dont elle a besoin pour remplir ce mandat à long terme et non pas seulement d’une année à l’autre comme c’est le cas actuellement.

D’ici là, nous continuerons de réduire nos coûts, de chercher à faire des économies et d’innover. Nous continuerons de nous adapter, pas seulement aux nouvelles technologies, mais surtout, aux besoins changeants des Canadiens. Cela a toujours été notre priorité. Cependant, aujourd’hui, nous sommes dans la situation où nous sommes confrontés à des choix difficiles entre investir dans l’avenir et maintenir des services. Notre formule de financement actuelle ne nous permet tout simplement pas de faire les deux. Nous devrons ainsi éliminer des services et des émissions que nous offrons actuellement aux Canadiens pour financer ceux à venir.

Les enjeux n’ont jamais été aussi importants, mais en faisant des choix difficiles maintenant, nous pouvons rendre accessible d’immenses possibilités qui permettront au radiodiffuseur public d’être encore plus dynamique dans le futur. Mais nous ne pouvons y arriver seuls. Si les Canadiens croient en CBC/Radio-Canada, il est temps pour eux de se joindre à la conversation. Comment nous assurer que nos enfants auront la possibilité de concevoir leurs propres expériences et de bâtir leur propre relation avec CBC/Radio-Canada? Quel héritage démocratique, social et culturel voulons-nous léguer aux générations futures? À l’heure où nous refaçonnons ce que nous offrons comme radiodiffuseur public, nous avons besoin de savoir ce qui compte pour vous.

Nous écoutons ce que vous avez à nous dire, sur les médias sociaux, sur Facebook, sur notre blogue institutionnel, sur Twitter et dans nos émissions. Le 5 mai dernier, nous avons lancé le premier sujet de conversation sur http://www.cbc.radio-canada.ca/futur. Peu importe le moyen que vous préférez utiliser, dites-nous ce que vous pensez. Parlez-nous».

- Hubert T. Lacroix, président-directeur général, CBC/Radio-Canada

 
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