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Télévision québécoise: savoir exploiter les bons canaux

Les gens consomment de plus en plus de contenu provenant d'ailleurs, forçant la télé d'ici à bouger; Infopresse s'entretient avec Gilbert Ouellette, président du Groupe Évolumédia, pour faire le point. 

La présence de grands joueurs tels Netflix et Amazon se fait sentir au Québec, et ces géants grandissent vite et de manière assez invasive. On apprenait récemment qu'Amazon avait mis la main sur des séries de la chaîne télé HBO, se positionnant comme un sérieux compétiteur face à ses rivaux. Comment l'industrie de la télévision, du cinéma et des médias interactifs au Québec se positionne-t-elle face à ces grands changements?
Les professionnels de la production, de la diffusion, de la distribution et de l'exploitation de contenus destinés à nos multiples écrans pourraient se mettre à jour - cette industrie réunit ici environ 50 000 personnes, tous médias confondus. Nous sommes un peu trop confortables au Québec. Notre système, bâti de chaude lutte depuis 25-30 ans, nous permet de financer beaucoup de choses et de développer énormément de projets. Sauf qu'ailleurs, il y a une réalité, souvent plus commerciale, dont nous pourrions nous inspirer. La façon de faire les choses change, indépendamment de la volonté du Canada ou du Québec de s'ajuster. 

Gilbert Ouellette, président du Groupe Évolumédia

Gilbert Ouellette

président du Groupe Évolumédia

Est-ce à dire, par exemple, que les joueurs traditionnels devront se trouver de nouveaux partenaires d'affaires?
Cela mérite d'être discuté - ils devront certainement s'adapter. Le monopole des diffuseurs, qui avait cours il y a 10 ans, n'existe plus. Les joueurs non traditionnels en média, que ce soit Amazon, Apple et autres Hulu, sont devenus incontournables. Ces entreprises sont multimilliardaires et investissent désormais des sommes faramineuses à l'échelle planétaire pour acheter des droits et se faire une place. On l'a vu cette semaine avec Netflix, qui augmente ses frais d'abonnement afin de mettre la main sur des contenus encore plus attrayants pour ses abonnés. 

Qu'en est-il des initiatives locales, comme l'offre Extra de Tou.tv, lancée par Radio-Canada?
Lorsqu'on analyse l'offre «étrangère», Netflix en tête, il est clair que le catalogue reste un peu faible. Car les consommateurs ne paient pas pour encourager Tou.tv, mais parce qu'ils croient pouvoir y obtenir facilement un contenu qui ne se trouve pas ailleurs. Il faut être fort en matière d'offre et de roulement de celle-ci.

Une dominance est en voie de s'établir entre quatre ou cinq joueurs. Outre Netflix, pensons à YouTube et à ses nombreux canaux, populaires surtout auprès d'un auditoire plus jeune. D'eux émergent des joueurs intermédiaires, comme Maker Studios (producteur et diffuseur de vidéos en ligne principalement destinées à YouTube), qui génère plusieurs milliards de visionnements par mois - d'ailleurs, ils gèrent désormais le canal YouTube de Just For Laughs.

Il s'agit d'un phénomène. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'on assiste ici à la naissance de nouveaux diffuseurs, mais c'est certainement une forme de programmateurs qui font en sorte que les contenus trouvent leur public avec un jeu de mise en valeur axé principalement autour des médias sociaux. En bout de piste, cela signifie plus de visionnement et de revenus à partager pour le producteur, pour l'intermédiaire et, bien sûr, pour YouTube, qui garde généralement autour de 30% des recettes publicitaires. On parle de milliards de dollars à l'échelle de la planète.

Nous avons donc tout intérêt à nous laisser inspirer des modèles internationaux...
Il y a une partie qui se joue à l'échelle de la planète, et nous ne sommes pas, peu importe ce qu'on en pense, au coeur des décisions. À tout le moins, nous sommes en mesure de suivre. Nous avons une créativité remarquable, mais il faut l'exploiter dans les bons canaux, sinon l'on va se faire manger.

La conférence Bientôt sur nos écrans, sur les innovations et tendances en contenus-écrans, rassemblera à Montréal de nombreux experts, d'ici et d'ailleurs, de cette industrie. Elle aura lieu les 1er et 2 mai, à l'hôtel Hyatt Regency Montréal.

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