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Pub et plagiat: le commentaire de Stréliski

Des petits malins en quête de provocation utilisent ces temps-ci le marketing viral pour pointer du doigt un confrère en l’accusant de plagiat. Sous couvert de l’anonymat, ils dénoncent Nicolas Massey de l’agence Amen. La chose prend suffisamment d’ampleur pour que la rédaction d’Infopresse me demande de donner mon avis sur cette question. Vous êtes cordialement invités également à donner le vôtre.

Je veux être clair: je ne tolère ni le plagiat ni la contrefaçon. Mais je déteste tout autant la délation et la mise au banc des accusés de jeunes confrères qui, par inexpérience, font preuve d’une insouciance dévastatrice envers leur travail, leurs clients et leur réputation. Je connais bien ce phénomène. Il existe depuis la nuit des temps des publicitaires. Le plagiat, la coïncidence, le courant "in", le style symbolique (trop marqué à notre époque), le "spoof" d’une pub célèbre, (type Pepsi vs I am Canadian, que je trouve excellente, en passant), les ressemblances "circonstancielles", sont monnaies courantes dans la vie des créatifs. Le plagiat est condamnable certes, mais il est difficile à éviter.

À Cannes, où l’on autorise les caméras numériques dans la galerie des annonces imprimées, on peut voir nombre de délégués photographier allègrement les chefs-d’oeuvre affichés. Faut-il s’en inquiéter? Combien de créatifs passent des heures à scruter sur le Net les sites des grands concours, en guise d’inspiration? Le plagiat est un phénomène qui se situe entre le manque d’inspiration, la volonté de créer et un manque flagrant de culture publicitaire. Combien d’entre nous n’avons jamais reluqué de trop près les magazines Archive ou Shots en nous disant qu’on aurait bien voulu créer telle ou telle annonce pour que, souvent inconsciemment, s’impriment dans nos têtes des idées pour le moins similaires. De là à les coucher sur le papier...

Allons, allons, calmons nous. On a toujours copié les meilleurs. Vermeer avant d’être peintre était faussaire. Et d’aucun disait que Picasso et Matisse se pompaient mutuellement. Sur le site Web Joe la pompe, on peut s’amuser à regarder qui pompe qui. On peut consulter également un classement des agences qui pompent le plus. Et, ce ne sont pas toujours les plus petites qui figurent en haut du palmarès... en France.

Nicolas, il est possible que tu viennes de te faire pogner "les culottes baissées". Tu es le seul à le savoir. Et c’est à toi, et à toi seul, qu’il convient d’en tirer les conclusions. Mais moi, je ne t’en veux pas. Parce que tu t’es fait pogner pour tous les autres. Et puis, je sais que tu n’as pas besoin de faire ça pour nous montrer que tu es un bon créatif et que, contre le gré de tes détracteurs, tu vas, j’en suis certain, un jour le leur prouver. Quant à tes délateurs, qu’ils se rassurent en se disant qu’on connaît aussi leurs annonces et qu’il n’y a pas de danger qu’on les copie. Mais, plus important, qu’ils réfléchissent au sens réel de leur délation. Veulent-ils vraiment dénoncer une pratique déplorable ou abattre une jeune agence qui monte?

Êtes-vous d'accord ou pas avec l'opinion de Jean-Jacques Stréliski? Envoyez-nous vos commentaires, que nous publierons dans un prochain quotidien Infopresse, en cliquant ici.

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