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Quelle entreprise a le luxe de se passer du design?

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À titre de président de la Société des designers graphiques du Québec, Philippe Lamarre exprime toute l'importance que revêt le design graphique pour les entreprises. 

«Quand on m'a demandé de parler de l'importance du design pour l'entreprise, j'ai cru un instant que j'allais radoter les fameuses paroles du designer Raymond Loewy («la laideur se vend mal», 1953) ou celles de l'ex-PDG d'IBM, Thomas Watson («Good design is good business», 1973). Puis, je me suis dit qu'à l'ère d'Apple, la question est plutôt de savoir comment, en 2014, un chef d'entreprise pourrait ne pas considérer le design comme essentiel à son succès.

Au Québec, le mot «design» est devenu galvaudé. À force de l'employer comme un adjectif (un appartement «design», un fauteuil «design», une coupe de cheveux «design»...), on en est venu à penser que le design est superficiel, qu'il n'est que style, sans substance. Pour comprendre ce que signifie réellement ce terme, il faut plutôt le voir comme un verbe. Un verbe d'action qui signifierait «rendre une idée tangible».

Le rôle d'un designer est de résoudre certains problèmes auxquels les humains sont confrontés. On pourrait certainement dire la même chose d'un ingénieur, mais ce qui distingue le designer est son souci d'intégrer les notions d'esthétisme et de plaisir dans sa réflexion et dans sa solution.

Je ne suis pas en train d'affirmer que les designers devraient diriger le monde, mais je crois que leur capacité à injecter de l'art dans l'univers du commerce constitue une arme puissante et qu'il serait insensé de s'en priver. Il existe encore au Québec une culture du bas prix qui incite les décideurs (et le grand public) à voir le design comme un luxe. C'est une attitude tout à fait contre-productive, car le design génère en fait de la valeur. Une entreprise qui utilise judicieusement le design suscitera des émotions positives autant chez ses clients que chez ses employés. Et l'émotion remplace avantageusement n'importe quelle stratégie de bas prix, puisque la relation va au-delà du rationnel. Voilà la force du design.

Certes, le bon design a un prix, mais cela ne signifie pas qu'il faille dépenser des millions de dollars en honoraires. On ne sous-traite pas la pensée design: la personne à la tête de l'organisation doit en faire une priorité. Pour être réellement efficace, le design doit faire partie de la stratégie d'affaires de l'entreprise afin qu'une cohérence se dégage de toutes ses manifestations. Du siège social au site web en passant par les produits et leur emballage, si tout a été réfléchi en amont avec une vision et une intention bien définies, l'entreprise qui a mis le design au coeur de ses préoccupations se trouvera avantagée par rapport à un concurrent pour qui ce n'est pas le cas.

C'est dans cette optique que la Société des designers graphiques du Québec a lancé il y a cinq ans le prix Lorne C. Perry, qui honore le client de l'année en design graphique au Québec. Notre milieu a l'habitude de souligner les bons coups des designers, en oubliant parfois la contribution des clients qui croient au potentiel de notre métier et à son impact sur leur succès en affaires. Cette récompense, attribuée lors de la remise des prix Grafika, sert donc à rétablir la situation en mettant en lumière des entreprises pour lesquelles le design n'est pas un luxe. Ni un adjectif.»

Philippe Lamarre
Président de la Société des designers graphiques du Québec

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