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L'objet connecté, nouvelle trame de fond du web

Le bracelet Nike Fuel Band représente, pour plusieurs, un premier pas vers l'internet des objets.
Project Loon, initiative de Google, donnera accès à des pays en voie de développement par des ballons en altitude.

Infopresse a demandé à plusieurs experts de se projeter dans l'avenir pour raconter les médias du futur; aujourd'hui, regard sur le web.

«Dans 10 ans, presque tout sera branché au web», lance Nicolas Darveau-Garneau, directeur général de Google Québec. Difficile à imaginer aujourd'hui, l'internet des objets verra bel et bien le jour. De plus en plus de senseurs abordables sont vendus: environ 3,5 milliards ont trouvé preneur de 2007 à 2012, et plusieurs prédisent que 1000 milliards de senseurs seront intégrés à divers objets en 2023. Les objets connectés constitueront donc le prochain internet, omniprésent et plus intelligent que jamais, en raison de la quantité astronomique de données qu'il sera alors possible d'en tirer. Communiquant entre eux, ils déclencheront des réactions en chaîne adaptées au contexte spécifique d'un individu. «On passera de l'écran à quelque chose de réactif et centré sur l'utilisateur», explique Grégoire Baret, vice-président exécutif de Nurun. Pour lui, cette nouvelle réalité simplifiera le quotidien de l'utilisateur tout en étant quasi invisible. «Toute chose connectée non discrète n'aura pas lieu d'exister», soutient-il. L'expérience sera fluide, ininterrompue.

«En communication et en marketing, cela crée des occasions de personnalisation, en raison de la qualité des données comportementales générées», ajoute Yan Argeris, directeur de création de Nurun, qui partage son point de vue avec Geneviève Guay, vice-présidente, numérique et expérience de marque, de Carat Montréal: «L'internet des objets sera un immense fournisseur de données, ça révolutionnera nos pratiques», croit-elle. Si ce nouveau web promet de réinventer le placement média, de revigorer le marketing relationnel et la recherche marketing, il implique toutefois du changement pour les marques. «La ligne est mince entre hyperpersonnalisation et surveillance intrusive; les enjeux éthiques deviendront cruciaux pour les entreprises, illustre Grégoire Baret. Elles devront se doter d'un cadre de responsabilité face aux données, afin qu'elles soient utilisées intelligemment et avec respect.»

L'automatisation au coeur de l'avenir du web
«L'automatisation, c'est arrivé très vite et ça progressera rapidement, affirme Geneviève Guay. L'émergence des enchères automatisées, c'est une chose, mais son automatisation et celle de l'analyse de données seront centrales à la croissance du web.» La firme de consultation Sirius Decisions avance même que 50% des sociétés américaines utiliseront l'automatisation en 2015.

Les problèmes de qualité et de quantité des données étant résolus à l'ère de l'internet des objets, les marques pourront distribuer une information personnalisée, ponctuelle et répondant aux bons besoins grâce à un ciblage comportemental automatisé, précis et efficace. «Les annonceurs rechercheront beaucoup plus qu'un profil démographique, précise Geneviève Guay. Ils exigeront plutôt un auditoire qualifié et susceptible de s'engager. Suivant cette logique, s'ils sont en mesure de prouver la qualité de leurs critères de ciblage et la richesse des profils qu'ils atteignent, les médias seront capables d'augmenter leurs prix.» Et à l'heure où les annonceurs demandent plus de données, les médias hors ligne n'auront d'autre choix que d'emprunter cette voie. L'objet connecté s'impose comme la réponse à cette problématique; savoir où un magazine est lu, connaître le trajet quotidien de son lecteur et le climat de l'endroit où il se trouve, tout cela permettra à son éditeur de réinventer son modèle publicitaire.

La collecte et l'analyse de ces données rebuteront-elles les consommateurs? Pas si on leur donne le contrôle, toujours selon la spécialiste Geneviève Guay. «Il existe déjà des plateformes permettant à l'internaute de créer son propre profil de données, maîtrisant ainsi les publicités auxquelles il s'expose en sélectionnant les informations dont il autorise la collection et l'exploitation.» Une question s'impose toutefois: qui sera propriétaire de ces données? Il est peut-être trop tôt pour l'affirmer, mais certains commencent à miser sur les fabricants d'objets connectés...

Plus rapide et partout
Ubiquitaire, intelligent, contextuel; le web à l'ère de l'objet connecté sera radicalement différent de ce qu'on connaît aujourd'hui en son fond. C'est toutefois sur la forme que s'articulent les changements les plus imminents. «Les technologies se raffinent à un tel point que la rapidité d'internet, bientôt, sera de 20 à 100 fois supérieure à l'actuelle», argue Nicolas Darveau-Garneau. Présentement en tests aux États-Unis, Google Fiber se veut le premier pas dans cette direction: l'initiative promet de réinventer le web et la télévision grâce à une vitesse de connexion inégalée permettant de télécharger un film HD en quelques secondes.

«De plus, la couverture géographique du web s'étendra radicalement dans les prochaines années», explique-t-il. Les initiatives visant à connecter les pays en voie de développement se multiplient, la dernière étant Internet.org, de Facebook. Google prépare pour sa part Project Loon, qui donnera accès à internet à ces pays par des ballons en altitude. «L'impact sur les économies, la démocratie, les conditions de vie et l'éducation dans ces pays sera remarquable, sans compter les changements sur internet. Que sera internet avec cinq milliards d'utilisateurs en plus? Nous sommes très excités de le découvrir!», conclut Nicolas Darveau-Garneau. 

Retrouvez l'intégralité de ce texte dans la plus récente édition du magazine Infopresse, actuellement en kiosque et en version iPad. Demain: focus sur l'avenir de la télévision.

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