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Michel Leblanc: «Bâtissez sur vos succès d'ici pour oser à l'étranger»

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Si Montréal souhaite faire de la créativité sa marque de commerce, il y a encore du travail à accomplir, selon Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain; à la veille du Forum stratégique sur les industries créatives, il fait le point avec Infopresse.

Qu'est-ce qui vous a poussé à mener cette étude sur la créativité?
D'abord, est venue la volonté de tenir un forum stratégique sur les industries créatives. Avant la naissance de C2-MTL, qui représente un temps fort de l'année pour le Montréal créatif, nous désirions trouver un moment pour discuter entre nous des enjeux à relever, mais également de nos faiblesses. Nous avons donc voulu réunir des gens qui ont réussi, mais surtout qui, à notre avis, possèdent de bonnes capacités analytiques. Des personnes capables d'identifier les éléments ayant contribué à leur réussite ainsi que les défis pour ceux souhaitant faire la même chose. Pour les industries créatives, le forum sera une occasion de se tourner vers l'avant et de faire progresser les choses.

C'est dans ce contexte que vous avez réalisé l'étude sur les industries créatives?
Oui. On se disait une ville créative et l'on se reconnaissait ainsi, mais sans mesure. Cela restait donc du domaine de l'impression. Nous voulions documenter quantitativement et de façon analytique la situation, développer nos connaissances du point de vue des affaires. Cela peut déplaire à certains puisque l'industrie créative est souvent un secteur où l'on aime mieux se considérer dans de l'impressionnisme. Mais on désirait aller un peu plus loin.

Avez-vous été surpris des résultats?
Oui et non. J'ai été impressionné par l'ampleur et l'envergure des industries créative qu'on retrouve ici. Que 4,6% des emplois totaux de ville y soient liés démontre indéniablement l'importance du secteur au plan économique. D'un autre côté, on se targue d'être la ville créative du Canada, ce qui se révèle faux. Toronto nous devance tant en matière d'emplois liés aux industries créatives qu'au chapitre du pourcentage représenté par rapport au nombre total d'emplois. Autrement dit, si nous souhaitons vraiment revendiquer le statut de numéro un au pays et en faire notre marque de commerce, il y a du travail à accomplir.

On note d'ailleurs un déplacement des centres de décision vers Toronto et d'autres grands centres. Est-ce une situation qui vous inquiète?
Cette situation, à mon avis, représentera toujours un défi pour une ville comme la nôtre. On a tous en tête la décision récente d'Air Canada, qui a déplacé son compte publicitaire à Toronto. Même s'il s'agit d'un dossier inquiétant, il ne reflète pas une tendance et n'est pas nécessairement précurseur d'autres décisions du genre. Par contre, cela doit nous rappeler que rien n'est jamais acquis et qu'il faut se tourner vers l'extérieur. Car de penser que le marché local est porteur peut entraîner le risque de se marginaliser. À l'image de ce que Sid Lee a accompli à l'international, ou Cossette sur l'espace canadien, nous devons viser à devenir les fournisseurs de la stratégie et éventuellement du développement des contenus d'entreprises hors Québec. Pour être une ville créative reconnue, installée et pérenne, nous devons positionner certains joueurs qui feront automatiquement partie de ceux sollicités lors des grands appels d'offre à l'international.

Comment y arriver?
Le défi en est un de crédibilité de l'offre. Il faut les talents, les capacités de production, mais surtout les carnets de succès qui font foi de notre expertise. En publicité, on ne peut bluffer, il faut livrer. Pour relever le défi, on doit regarder du côté de ceux qui ont réussi dans le domaine, mais également s'inspirer d'autres grands joueurs d'ici qui connaissent du succès ailleurs.

De l'autre côté, quels sont les principaux freins?
Le morcellement est un. Il est beaucoup plus difficile pour une petite entreprise de réussir à l'international. Une masse critique d'employés permet de continuer ses opérations locales tout en étant en mesure d'aller faire des propositions ailleurs. Puis, quand on fonctionne à un ou deux contrats à la fois, la prise de risque est plus importante. Au reste, les plus grandes entreprises sont mieux outillées pour développer des produits complexes qui intègrent plusieurs types d'expertise. Ce faisant, ils sont plus difficilement reproductibles, donc plus faciles à protéger de la concurrence.

Finalement, si vous aviez un message à envoyer aux agences d'ici, quel serait-il?
Bâtissez sur vos succès d'ici pour oser à l'étranger.

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