La référence des professionnels
des communications et du design

Bell et vie privée: un enjeu de communication?

Vincent Gautrais, professeur titulaire de la Faculté de droit de l'Université de Montréal.

À partir de demain, Bell recueillera certains renseignements sur ses clients afin de leur envoyer de la publicité ciblée; Infopresse s'entretient avec Vincent Gautrais, professeur titulaire de la Faculté de droit de l'Université de Montréal, sur les enjeux juridiques et communicationnels que cette nouvelle soulève.

Bell a annoncé à la fin d'octobre qu'elle modifierait sa politique de confidentialité afin de collecter des renseignements sur ses consommateurs, qui lui permettront de mettre en place un programme d'annonces ciblées. Les données recueillies concernent les sites web visités, les applications téléchargées et les termes recherchés sur le web, en plus de certains renseignements sur le compte de ses clients (type d'appareil, code postal, langue de préférence). Ces données permettent de créer des groupes de certains profils d'utilisateurs auxquels sont envoyées des publicités en ligne avec leurs préférences.

Malgré l'ire que cette annonce a soulevée, Vincent Gautrais, également titulaire de la Chaire de recherche de l'Université de Montréal en droit de la sécurité et des affaires électroniques, croit que «si Bell est transparente dans sa manière d'agir et que ses politiques sont contrôlées par le Commissaire de la vie privée, ça ne cause aucune crainte».

Le nouveau programme de Bell ne touche pour le moment que les clients de son service mobile avant de s'étendre à ceux des services de télé et internet. S'il ne pose pas de problèmes légaux - les clients de Bell peuvent se soustraire à la collecte de ces renseignements en visitant Bell.ca/publicitespertinentes -, c'est peut-être sur le plan de l'image qu'il a donné du fil à retordre au groupe média. En effet, l'entreprise aurait pu profiter de cette occasion pour communiquer de manière positive.

«Malheureusement, les organisations n'utilisent que rarement le contrat comme un outil de marketing - Facebook l'a fait en 2010, lorsqu'elle avait changé son contrat d'utilisation, en sondant ses utilisateurs et en leur cédant la parole. Bell aurait dû commencer par dire à ses clients que ce programme permettait à ses clients de recevoir une publicité ciblée, pertinente, qui serait à leur avantage.» Selon Vincent Gautrais, les avocats ont encore une approche très classique du contrat, qui contient une surabondance d'information visant à protéger l'entreprise. «Pour en faire un outil de marketing, on pourrait songer à produire des contrats plus courts, plus didactiques, plus lisibles.»

comments powered by Disqus