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Quelle image la pub envoie-t-elle aux jeunes?

Fannie Dagenais, directrice et porte-parole du Groupe d'action sur le poids ÉquiLibre.
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Difficile d'être satisfait de son corps lorsqu'on se compare à l'idéal véhiculé par les médias et la publicité, surtout quand on est jeune.

Alors que le Prix Image/In, qui récompense les entreprises québécoises favorisant une représentation saine et diversifiée du corps, est présentement ouvert aux candidatures, Infopresse s'entretient avec Fannie Dagenais, directrice et porte-parole du Groupe d'action sur le poids ÉquiLibre, à l'origine du concours. 

Les jeunes ont-ils de véritables problèmes avec leur image?
Au Québec, bien que la majeure partie des jeunes présentent un poids normal ou inférieur à la normale, environ 50% d'entre eux sont insatisfaits de leur apparence corporelle. Et si l'on a tendance à associer cette réalité aux jeunes filles, il faut savoir que les garçons sont aussi concernés. Alors qu'elles se comparent à un idéal de minceur, ils vont plutôt désirer une silhouette plus forte, musclée et bien découpée. Cela n'est pas sans conséquences. On note des effets sur l'estime de soi, des troubles d'anxiété et même des symptômes dépressifs chez les jeunes qui ont du mal à accepter leur apparence. Puis, cela les amène à adopter des comportements nuisibles à leur santé; que ce soit de sauter des repas dans le but de contrôler leur poids ou de s'entraîner de façon obsessive. À cet effet, 46% des garçons de 13 ans au Québec et 41 % de ceux qui ont 16 ans prennent, ou ont déjà pris, des suppléments alimentaires pour augmenter leur poids (Enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois, 2002). C'est inquiétant, car ils n'ont souvent pas la maturité pour bien utiliser ces produits, et, surtout, puisque ce n'est généralement pas pertinent.


Quel rôle doit-on attribuer à la publicité?
Lorsqu'on identifie ce qui contribue à l'insatisfaction corporelle, on retrouve entre autres la différence qu'on perçoit entre son corps et ce qu'on identifie comme idéal. Or, en publicité, la plupart des images sont retouchées, et les mannequins mis de l'avant ont généralement des corps d'exception, ceux d'une infime portion de la société. Dans ces circonstances, personne ne peut être satisfait en se comparant. D'ailleurs, plus l'écart est grand entre ce qu'on perçoit de son corps et ce qu'on perçoit comme idéal, plus l'insatisfaction corporelle est importante et plus les conséquences sont nuisibles. À l'opposé, on retrouve encore très peu de publicités qui mettent de l'avant la diversité corporelle. Cela dit, l'on ne peut faire porter tout le blâme sur les médias et sur l'industrie de la publicité. Dans la société en général, on valorise souvent l'apparence au détriment de la santé ou de la beauté intérieure, sans oublier que les préjugés envers l'obésité sont omniprésents. Finalement, tous ces facteurs finissent par créer une pression très forte sur la population, en particulier chez les jeunes.

Vous souhaitez lutter contre cette situation avec votre concours?
Nous l'avons lancé pour féliciter les initiatives de la mode, des médias et de la publicité en faveur d'une représentation saine et diversifiée du corps. Il peut s'agir de publicités, mais aussi de produits, tel un magazine, de marques ou de designers. Nous voulons montrer qu'on peut connaître du succès commercialement tout en prônant une image réaliste du corps.

Sentez-vous que la situation s'améliore?
On sent le vent tourner. Il y a neuf ans que j'occupe la direction de l'organisme, et, à mes débuts, je n'aurais pu croire que des mannequins auraient été exclues de défilés, car elles étaient trop maigres, ou qu'une charte québécoise pour la diversité corporelle allait être adoptée, puis signée par plusieurs entreprises. Un changement de norme sociale s'opère, et de plus en plus d'entreprises réussissent en véhiculant une image saine et diversifiée du corps. On peut penser à Jacob, gagnant de la première édition, premier détaillant canadien à adopter une politique de non-retouche de ses photos, ou à Lili les Bains, gagnante en 2012, sélectionnée notamment pour son slogan «Experte en femme parfaite, taille 8 à 24 ans». Vainqueur l'an dernier, le magazine Cool! en est un autre bel exemple. Il a réussi à se distinguer en adoptant la chronique mensuelle «Mannequin d'un jour», qui permettait à des jeunes de tous les formats de vivre l'expérience de mannequins et de montrer qu'ils pouvaient être habillés avec style, peu importe leur poids. Au final, véhiculer une image saine peut s'avérer une caractéristique de distinction, un élément porteur de succès.

Le concours Image/in est ouvert aux inscriptions. Pour plus d'information ou pour poser votre candidature ou celle de votre entreprise, cliquez ici.

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