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Y a-t-il assez de femmes au pouvoir?

Nathalie Lacoste, cofondatrice et chef de la direction d'Équation Humaine.
Marie-Josée Gagnon, présidente et fondatrice de Casacom.
Dominique Villeneuve, directrice générale de l'AAPQ.
Mélanie Dunn, présidente de Cossette et présidente du conseil de Vision7 International au Québec.

Sur 74 agences membres de l'Association des agences de publicité du Québec (AAPQ), seulement 15 sont présidées par une femme; en 2013, où en est la place des femmes lorsqu'il s'agit d'accéder aux postes de direction?

«Lorsqu'on regarde les chiffres, la situation peut effectivement sembler inquiétante, remarque Dominique Villeneuve, directrice générale de l'AAPQ. Par contre, nous ne sommes plus du tout non plus à l'époque de Mad Men. Il y a eu de grandes améliorations. Non seulement les femmes sont nombreuses dans l'industrie, mais depuis les cinq dernières années, l'on observe clairement une tendance où elles sont de plus en plus nombreuses à accéder à la tête d'agences ainsi qu'à leurs conseils de direction. D'ailleurs, cela se reflète clairement au sein du conseil d'administration de l'AAPQ, longtemps considéré comme un boys club!»

Présidé pour la première fois par une femme, Ann Bouthiller, présidente et chef de la direction de Palm+Havas, ce dernier compte en effet six femmes sur 11 membres. D'ailleurs, d'après les statistiques, l'Association fait très bonne figure par rapport aux entreprises canadiennes dans leur ensemble. Selon une étude menée sur la question en 2011 par Catalyst, 40% des entreprises du pays faisant partie du Financial Post 500 ne comptaient aucune femme au sein de leur conseil d'administration. Au total, elles n'occupaient que 14,5% des sièges.

«Je suis plutôt favorable à l'idée d'adopter des quotas dans les conseils d'administration où l'on est clairement sous-représentées, surtout dans les grandes entreprises», souligne à cet égard Marie-Josée Gagnon, présidente et fondatrice de Casacom, qui a percé cette semaine avec ses associées Annick Bélanger et Carolyn Ray le classement du Profit/Châtelaine W100, se retrouvant au 63e rang.

Quant à la situation des femmes en général dans l'industrie, la dirigeante constate qu'en dépit des progrès, un travail important reste à faire. «On a pris beaucoup de retard et l'on doit absolument le rattraper, indique-t-elle. C'est pour cette raison que je ne suis pas mal à l'aise de gagner des prix qui reconnaissent mes réussites en tant que femme d'affaires. Au contraire, je crois que c'est nécessaire. Nous devons être fières et apprendre à nous encourager davantage entre femmes.»

«Il reste beaucoup de place à prendre, et c'est aux femmes de le faire, ajoute Nathalie Lacoste, cofondatrice et chef de la direction d'Équation Humaine, qui figure aussi au classement du Profit/Châtelaine W100, en 49e place. La conciliation famille-travail demeure une réalité encore difficile pour les femmes, mais les choses changent. Je suis une entrepreneure et j'ai pu tracer mon propre chemin, mettre mes propres balises.»

Appelée à donner hier une conférence intitulée Comment avoir de l'impact sur la culture d'entreprise en tant que femme leader?, Mélanie Dunn, présidente de Cossette au Québec, estime pour sa part que les organisations ont tout avantage à donner plus de place aux femmes au sein de leur haute direction. «Il faut faire évoluer les cultures d'entreprise. Quand on arrive aux échelons élevés, l'on constate que les cadres, les conditions, les compétences clés valorisées sont souvent moins favorables au succès des femmes, particulièrement à celles ayant des enfants.»

Pourtant, aux yeux de Mélanie Dunn, l'ensemble des compétences qu'on attribue aux femmes est tout à fait adapté au marché d'aujourd'hui. «Le monde du travail change très vite, demande beaucoup de coopération et de collaboration, et nécessite des capacités multitâches, de la transparence et de l'authenticité. Au final, nos compétences sont complémentaires à celles des hommes. Les entreprises peuvent aller chercher le plein potentiel de ces attributs en nous réunissant. Avec des équipes de direction ou des conseils d'administration mixtes, je crois qu'elles deviennent beaucoup plus performantes.»

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