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Cancer du sein: la glorification d'une cause

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À la suite du quatrième épisode de 30 secondes pour changer le monde, les journalistes Lise Ravary et Judith Lussier ainsi que la publicitaire Anne-Marie Leclair se penchent sur la surexploitation de la cause du cancer du sein par les marques.

D'entrée de jeu, Lise Ravary trace un parallèle avec la marque Pierre Cardin et le sujet du débat. Le célèbre couturier des années 60, qui s'est mis à distribuer des licences d'exploitation à divers produits afin qu'ils portent sa signature, a fini par sombrer dans le mépris général. «Pourtant il était un bon couturier au départ. Il a complètement détruit sa marque en permettant à tout le monde de l'exploiter. Je pense que le ruban rose en est rendu là.»

Et pour cause: nombreuses sont les entreprises qui l'ont apposé sur l'emballage de leurs produits contre un somme souvent infirme versée à l'organisme, dans le but d'attirer les consommateurs à adopter leur marque. Judith Lussier s'indigne de la dérive des campagnes du ruban rose, un sujet qui a fait l'objet d'un documentaire de Léa Pool: «Le cancer du sein est devenu presque glamour, parce que les marques veulent s'associer à une cause amusante, rose et joyeuse. Dans les courses de collecte de fonds, l'on invite les gens à sourire. On capitalise sur des belles valeurs.»

Lise Ravary est d'ailleurs convaincue que la santé des femmes et l'avancement de la recherche ne figurent pas à l'agenda des réunions des dirigeants en marketing qui veulent associer leur entreprise au cancer du sein. «La discussion portera sur combien l'on investit et ce que cela rapportera. C'est strictement un exercice de part de marché. Quand Ester Lauder, qui a elle-même souffert de la maladie, a amorcé le mouvement il y a bien des années, je crois que la marque avait de bonnes intentions. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas pour la plupart d'entre elles.» Elle déplore également l'esprit de compétition qui caractérise l'appartenance à une cause: «Du moment où l'on sort les dons d'un budget d'entreprise pour les mettre dans le marketing, on se retrouve dans un concours de popularité. C'est à savoir quel cancer aura le plus d'impact marketing.»

Selon Anne-Marie Leclair, il est important de déterminer soigneusement la cause à laquelle on s'associe, mais aussi la manière de communiquer ce soutien aux consommateurs. Elle privilégie la solution de la philanthropie silencieuse. Sans nécessairement taire un partenariat à une cause, elle décourage la publicisation à outrance. «C'est primordial de choisir les bons auditoires, lorsqu'ils sont prêts à recevoir l'information. Il ne faut pas que cela soit gratuit ou que cela envoie un message commercial.»

Réécoutez cette discussion, animée par Arnaud Granata, vice-président et directeur des contenus des Éditions Infopresse, sur le site web de l'émission, puis participez au débat en utilisant le mot-clic #30secondesTQ.

30 secondes pour changer le monde est une production d'Infopresse Télé pour Télé-Québec avec la participation financière du Fonds des médias du Canada ainsi que des crédits d'impôt fédéral et québécois. Le site a été réalisé avec la participation financière du Fonds Bell.

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