La référence des professionnels
des communications et du design

Paul Lavoie: «Trop de talent se perd dans les pitches»

Paul Lavoie, cofondateur de Taxi, sur un panel faisant état des nouvelles réalités de l'industrie.

New York - Invité à partager sa vision au sein de plusieurs panels lors de l'événement Advertising Week, Paul Lavoie, cofondateur de Taxi, s'entretient avec Infopresse et dévoile son nouveau projet.

Paul Lavoie est un pionnier à New York pour l'industrie publicitaire québécoise. Né en 2004, le bureau new-yorkais de Taxi a réussi à y mettre la main sur de grands comptes tels que Boston Pizza, Viagra et Applegate. Souvent appelé à être conférencier cette semaine, Paul Lavoie répond à nos questions.

Avec la montée du numérique, plusieurs clament la mort de la publicité traditionnelle. Êtes-vous d'accord?
Quiconque avance que la pub traditionnelle est révolue ne paie pas attention à la réalité du quotidien. Les gens regardent encore la télé, écoutent la radio, lisent des journaux et des magazines, circulent en voiture et à pied, puis posent leur regard sur de l'affichage, etc. Bref, rien n'est mort. Le web comporte de très nombreux avantages, en permettant notamment d'agir très vite et de cibler précisément, mais cela n'enlève rien aux autres plateformes. Chaque support à son utilité, et c'est dans l'utilisation intelligente de leur complémentarité qu'on ressort gagnant. L'important est de rester créatif face aux médias. Il y a encore et toujours des façons d'innover, de réinventer les méthodes. Les options sont beaucoup plus nombreuses aujourd'hui, et les défis sont plus grands, mais ils sont d'autant plus intéressants.

Vous avez participé à un panel à propos du «nouveau directeur de création». Qui est-il?
Le nouveau directeur de création possède toujours les atouts traditionnels. Il doit être créatif, inspirant, avoir une vision claire, être collaboratif, inclusif et être un chef de file capable de tirer le meilleur de son équipe. En plus, il doit être aux faits des nouvelles technologies. Sans posséder les connaissances d'un ingénieur web, il doit les comprendre. Comprendre ses artisans, les stratégies qui en découlent, de même que leur impact potentiels. Il doit être en mesure de regrouper au sein de son équipe les talents nécessaires pour les mettre à profit, puis être efficace et pertinent. La curiosité a toujours été une qualité importante chez un créatif, mais elle l'est encore plus aujourd'hui. On doit être ouvert d'esprit et prêt à explorer de nouvelles avenues.

Avez-vous des craintes pour l'industrie?
Ce n'est pas tant une crainte qu'un aspect de l'industrie qui me fâche, mais je déplore grandement tous les efforts que nous gaspillons lors des pitches, en temps, argent, énergie ou talent. Pourtant, comme lorsqu'il s'agit de choisir une firme comptable ou de services juridiques, une panoplie de critères, axés sur l'expérience, l'expertise, etc., peuvent être pris en considération. L'idée du pitch a quelque chose d'illogique. Imaginez-vous aller d'un cabinet d'avocats à l'autre avec un cas à solutionner, leur demander de le résoudre gratuitement, puis faire votre sélection à la fin du processus avec les réponses en poche. C'est inconcevable, et, pourtant, nous vivons cette réalité au quotidien. Je sais que mon propos est idéaliste et que l'industrie est trop compétitive pour que ça change, mais il est triste de constater tout le talent qui s'y perd.

Vous avez profité d'Advertising Week pour dévoiler le projet No place to hide, de Taxi. De quoi s'agit-il?
Il s'agit d'un projet de cocréation pour s'attaquer à la cyberintimidation. Il y a tellement de gens talentueux dans l'industrie que nous souhaitons mettre à profit toute cette richesse au profit d'une bonne cause. Ils sont donc invités à soumettre leurs idées et solutions, puis à s'inspirer et à évaluer celles des autres. Elles seront ensuite présentées à un jury, notamment composé de Nicholas Negroponte, fondateur de M.I.T Media Lab et du regroupement One Laptop Per Child Association, et de Benjamin Palmer, président et cofondateur de The Barbarian Group. L'idée est de mettre sur pied un véritable programme d'ici un an pour passer à l'action. Nous espérons contrer partiellement ce phénomène et, qui sait, peut-être nous attaquer à d'autres problèmes si l'initiative fonctionne bien.

comments powered by Disqus