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Love and War: un livre touchant

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Le 3 octobre prochain sera lancé à la librairie Le Port de tête, à Montréal, le livre Love and War, du photographe Guillaume Simoneau.

En 2000, le Québécois Guillaume Simoneau a rencontré l'Américaine Caroline Annandale à l'atelier Maine Media Photography Workshop. Ils sont tombés amoureux et ont vécu le bonheur absolu jusqu'à ce qu'elle parte en Irak, à la suite des événements du 11 septembre 2001. Dans cet ouvrage, série de souvenirs fragmentés, le photographe se met à nu. Il partage des photos, lettres, messages textes et courriels de leur relation on et off de huit ans. Focus sur un ouvrage touchant.

D'où est venue l'idée de monter un projet axé sur votre vie personnelle?
En fait, ça a mijoté de façon très intuitive parce qu'au départ, il n'était pas du tout question d'un projet de livre. C'était juste... ma vie. Je suis photographe et je me promène tout le temps avec un appareil photo à la main. Ces huit années, c'était ma réalité. Avant que notre relation ne se termine, j'avais postulé auprès du Conseil des arts du Canada pour réaliser un projet sur la réinsertion civile de Caroline après son déploiement en Irak. Quand j'ai reçu son message texte disant «I dont think the visit Thursday is a good idea anymore», marquant la fin de notre relation, ça faisait trois jours que j'avais obtenu l'approbation pour le projet. Comme il est assez dur d'obtenir de telles bourses, j'ai réfléchi à la manière dont je pourrais l'adapter. De là est venue l'idée de cette histoire surréelle de nous, à distance et séparés par la guerre. Je me suis ainsi mis à fouiller dans mes archives photographiques afin de construire mon histoire. Quand j'ai vu mes choix étalés sur une table, ça m'a frappé: c'était trop fort pour que je ne le montre pas.

Était-elle au courant du projet?
Toutes ces années, elle savait que je la photographiais, nécessairement. Lorsque j'ai assemblé la publication, je lui en ai fait part, entre autres pour la cession de droits des images utilisées. Malgré la fin de notre relation, nous avons toujours eu un grand respect l'un pour l'autre. Je n'étais pas surpris qu'elle accepte. Et, il faut se le dire, quelqu'un qui produit un livre sur soi, c'est tout de même assez flatteur!

Qu'est-ce que le tout vous a apporté en tant que photographe?
Pour ce qui est de ma carrière, c'est une reconnaissance internationale (ndlr: Le journal The Guardian en a parlé, notamment). Mon réseau s'est vraiment développé avec ce projet. J'ai aussi la chance de voyager et d'être exposé à des trucs très d'avant-garde! Du côté personnel, ça me pousse à concevoir davantage de projets du genre. Ça m'a aussi permis de rehausser mes standards de qualité quant à mon travail. Je suis encore plus excité et motivé à l'idée d'entamer de nouveaux projets!

Comment s'est déroulé le choix des photos? Aviez-vous une ligne directrice?
Puisqu'elles n'étaient pas destinées à être un projet au départ, les photos prises au fil de nos huit ans de relation n'avaient pas de direction artistique précise. Quand est venu le temps de les sélectionner, ça s'est passé sans prétention, de façon très personnelle et intuitive. Si l'on analyse le volume, on remarque qu'il doit y avoir six ou sept médias différents. Je ne pouvais pas prétendre qu'il y avait une consistance en matière d'approche, puisque ce n'était pas le cas. J'ai donc tout simplement embrassé cette mixité. Et aussi, parce que dans cette période, il y a eu la transition entre l'analogue et le numérique de la photographie.

D'avoir sa vie exposée ainsi, est-ce intimidant?
Absolument. Si l'on m'avait dit au début des années 2000 que cela allait arriver, je serais parti à rire. Cela dit, en 2003, j'ai vu une exposition de Nan Goldin au Musée d'art contemporain, à Montréal. Elle m'a littéralement fait pleurer comme un bébé. Ses oeuvres sont super intimes et personnelles. Le tout m'avait ainsi fait comprendre qu'il y avait de la valeur à admettre la subjectivité d'une oeuvre et à embrasser le côté personnel en l'amenant dans la sphère publique. Du coup, j'imagine que c'est resté dans mon subconscient, car quand l'occasion de Love and War s'est présentée, j'ai repensé à cette exposition qui m'avait tant ébranlé et ça m'a donné le petit élan nécessaire pour avoir l'audace de le réaliser!

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