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L'exotisme est mort. Vive l'authenticité!

Ceux qui proposent leurs loyers sur Airbnb ne torpillent pas une offre existante; ils comblent de nouveaux besoins.

Dans la plus récente édition d'Infopresse, Marie-Claude Ducas, journaliste, blogueuse et auteure, livre une réflexion sur les répercussions dans le domaine touristique des plateformes internet d'échange et de location de maison.

Tous les ministères du Tourisme au monde et toutes les associations de propriétaires d'hôtels et de gîtes devront se faire à l'idée: des phénomènes comme Airbnb, plateforme internet qui permet à des gens de louer leur maison, leur appartement ou même une chambre, vont croître et se multiplier. Pas seulement parce qu'internet rend tout cela remarquablement facile et que beaucoup y trouvent leur compte économiquement. Mais parce que leur offre vient combler LE besoin qui émerge maintenant en matière de voyage.

En effet, pourquoi voyage-t-on? Pour plusieurs, ce n'est plus pour chercher le repos en se dépaysant un peu: c'est d'abord afin de vivre une expérience hors du commun, s'éloigner le plus possible de la vie de tous les jours et, surtout, se distinguer par rapport à ses amis, sa famille, ses collègues.

Bien sûr, ce n'est pas d'hier que les voyages servent à se distinguer. Au départ, c'était relativement simple: il suffisait d'être riche. L'Orient-Express, à sa grande époque, était l'apanage des aristocrates et des riches gens d'affaires. Et le tourisme «de masse» des débuts n'avait, en fait, pas grand-chose de démocratique: ce n'est pas tout le monde qui traitait avec l'agence Thomas Cook. Idem pour l'avion, qui a longtemps conservé un parfum d'élite, comme en ont témoigné les commentaires nostalgiques suscités par la défunte série télévisée Pan-Am.

Puis, même quand les prix ont baissé, les voyages sont demeurés un moyen de se distinguer: plus forcément comme indice de richesse, mais comme symboles d'audace et d'originalité. Maintenant, même cet aspect disparaît. Quantités de destinations vues comme très exotiques il n'y a pas si longtemps (Chine, Indonésie, Argentine, Afrique du Sud) deviennent presque banales. Et il n'y a plus vraiment de barrière aux périples inusités qu'on peut réaliser. Des «treks» au Népal? En Ouganda? L'ascension du Kilimandjaro? Une traversée du désert? De la randonnée au Kazakhstan? Bien sûr, ce n'est pas forcément pour tout le monde. Mais cela fait maintenant partie des options. Et des agences rivalisent dans le créneau du «voyage d'aventure» pour vous organiser cela. Exit, donc, l'exotisme comme attrait suprême. Où les voyageurs vont-ils transposer leurs quêtes ?

La dernière frontière, c'est l'authenticité. Bien sûr, cela non plus n'est pas entièrement nouveau: on recherche depuis longtemps l'expérience la moins «packagée» possible, et la moins contaminée par tout ce qui entoure la dynamique touristique. Mais maintenant, l'authenticité n'est plus forcément liée à l'exotisme. Elle prend une autre saveur. Une expérience «authentique» n'a plus besoin de se vivre chez une peuplade d'un village au fin fond de la forêt en Asie du Sud-Est. Ce peut aussi être de vivre, à New York, Barcelone, Rio ou Tokyo, comme ses habitants, en demeurant dans un appartement et en allant au marché. En ayant des échanges plus «vrais» et plus personnels avec les gens de la place.

C'est précisément l'un des éléments que soulignent les utilisateurs d'Airbnb, tant ceux qui hébergent que ceux hébergés: la diversité et l'intérêt des échanges. C'est pour cela qu'on ne peut pas traiter les locateurs des Airbnb de ce monde comme des sortes d'«hôteliers-pirates», venant torpiller une offre existante. Ils arrivent avec une autre offre, qui comble de nouveaux besoins.

Retrouvez cette chronique dans la plus récente édition du magazine Infopresse, actuellement en kiosque, ainsi que dans sa version tablette.

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