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Notre façon de vivre

Nicolas Langelier, auteur et journaliste.
«Les révolutions se succèdent. Aujourd'hui, même les politiciens tweetent entre deux réunions.»

Dans la dernière édition d'Infopresse, Nicolas Langelier livre une réflexion sur la révolution qui bouleverse les télécommunications et son impact sur notre mode de vie.

«L'hystérie à grande vitesse, d'un jour à l'autre, d'une minute à l'autre. Dans les sociétés libres, les gens n'ont pas à redouter la pathologie de l'État. Nous créons notre propre frénésie, nos propres convulsions de masse, entraînés par des machines pensantes sur lesquelles nous n'avons aucune autorité définitive. La plupart du temps, la frénésie se remarque à peine. C'est simplement notre façon de vivre.» - Don DeLillo, Cosmopolis

Notre capacité d'adaptation est stupéfiante. Elle nous a permis d'avoir le dessus sur des espèces plus fortes ou plus rapides, et c'est ce qui l'a fait évoluer de la savane africaine du paléolithique aux centres commerciaux de l'hyper modernité. Cette capacité d'adaptation nous est tellement naturelle, en fait, que nous la tenons pour acquise et ne la remarquons plus.

Dernièrement, un technicien est venu m'installer la plus récente version du système de télévision de mon entreprise de télécommunications. La soucoupe qui trône sur la corniche de mon immeuble est maintenant inutile, tout comme l'était devenu le bout de câble qui relie mon appartement à un poteau dans la cour. Ruines modernes. Désormais, ma télé est branchée à un modem connecté à un réseau de fibres optiques.

Face à cette nouvelle réalité, la réaction par défaut est de ne même pas y porter attention. Après tout, il y a déjà longtemps qu'on nous annonce la convergence de la télévision et d'internet. Que mon téléviseur soit désormais branché à un câble Ethernet plutôt qu'à un câble coaxial standard, cela ne ressemble pas à l'idée qu'on se fait d'une révolution. Cela ne ressemble qu'à un changement de technologie de plus, comme nous en avons connu plusieurs depuis 30 ans.

Mais c'en est une, révolution, il faut en prendre conscience. Une révolution qui implique par exemple que des bouleversements similaires à ceux ayant secoué les médias imprimés toucheront désormais les médias électroniques, eux jusqu'à maintenant relativement épargnés. Les revenus publicitaires des diffuseurs, par exemple, n'ont pas trop souffert depuis 20 ans, si on les compare à ceux des quotidiens et des magazines. Mais ça ne devrait plus être bien long avant que ce modèle s'écroule à son tour, qu'une autre industrie soit chambardée de fond en comble, puis qu'une flopée de consultants et d'experts autoproclamés fassent la tournée des conférences pour nous expliquer à grands frais qu'il faut maintenant «changer de paradigme» et «revoir nos façons de faire».

Une révolution de plus, donc. Un autre bouleversement que nous en viendrons un jour à tenir pour acquis, comme l'agriculture, comme le moteur à explosion, comme un ministre qui tweete ses états d'âme entre deux réunions. On ne les compte plus, ces révolutions, alors qu'elles semblent se produire à un rythme toujours plus fréquent. Elles font maintenant partie intégrante de la frénésie permanente qui caractérise notre nouvelle façon de vivre.

Il nous reste peu de temps, dans tout ça, pour essayer d'en prendre la pleine mesure, d'évaluer leurs impacts, de déterminer si elles sont des révolutions auxquelles nous avons envie de participer ou non. Le temps de constater qu'on peut maintenant accéder à Facebook sur notre télé, ce qui est super pratique.

Retrouvez cette chronique dans la plus récente édition du magazine Infopresse, actuellement en kiosque, ainsi que dans sa version tablette.

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