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YouTube, beaucoup plus qu'un chat mignon...

Nathalie Collard est journaliste au quotidien La Presse.
«Avant de voir le spectacle qu'avait donné Nirvana au bar Les Foufounes électriques à Montréal en 1991, j'avais toujours pensé que l'utilité de YouTube se résumait à rire devant des vidéos stupides de chat.»

Dans la dernière édition d'Infopresse, Nathalie Collard parle de production de contenu original sur YouTube et de la menace que cela représente pour la télévision traditionnelle.

Récemment, grâce à YouTube, j'ai pu voir le spectacle qu'avait donné Nirvana au bar Les Foufounes électriques, à Montréal, en 1991, un moment d'anthologie pour une membre de la génération X. Jusque-là, j'avais toujours pensé que l'utilité de YouTube se résumait à ça: regarder des images retrouvées et mises en ligne par des maniaques d'archives, rire devant des vidéos stupides de chien ou de chat, ou visionner la performance de ma nièce qui s'est filmée dans son sous-sol lorsqu'elle chantait le dernier tube de One Direction. Or, voilà que YouTube est en train de se transformer en quelque chose de beaucoup plus sérieux.

Depuis que l'entreprise fondée par trois anciens employés de PayPal a été achetée par Google en 2006, elle est en voie de devenir un véritable producteur de contenus: l'an dernier, YouTube a recruté des producteurs, éditeurs, programmeurs et artistes afin qu'ils créent des émissions pour fournir une centaine de chaînes qu'on devrait pouvoir regarder au cours des prochains mois. Déjà, l'on trouve de gros noms derrière certaines chaînes YouTube: Anthony Zuiker (créateur de CSI) y propose des émissions de science-fiction, d'horreur ainsi que des séries policières sur BlackBoxTV; Madonna a créé DanceOn, une chaîne de danse, avec son entraîneur de danse Guy Oseary, et la publication Wall Street Journal offre des émissions quotidiennes sur les finances... À une époque où la télé sur demande a le vent dans les voiles, YouTube se positionne en compétiteur de plus en plus sérieux à la télé traditionnelle.

Parallèlement à la production de contenu original, YouTube cherche des façons de mettre en valeur les millions d'heures de vidéo existantes. Elle a donc lancé un appel à tous: «Recherchons animateurs-curateurs intéressés à présenter des émissions à partir de matériel YouTube existant». Un exemple: vous êtes passionné de planche à roulettes, vous visionnez toutes les vidéos de planches sur YouTube, vous les triez et vous les présentez dans le cadre de votre propre émission.

Si j'étais câblodistributeur aux États-Unis, je commencerais à m'inquiéter. Selon la firme de recherche Forrester, d'ici 2016, la moitié des foyers américains posséderont un téléviseur branché sur le web. Pourquoi continueraient-ils de payer un coûteux abonnement au câble si leur connexion internet leur permet de regarder la télé pour moins cher? Certains observateurs de tendances web estiment même que le jour approche où les câblos vont acheter des chaînes YouTube...

D'ici là, le défi de YouTube et de rentabiliser ses opérations. Afin d'attirer les annonceurs, il faut générer un certain achalandage. Or, pour l'instant, les visionnements ne sont pas suffisants - et les internautes ne restent pas assez longtemps - pour qu'un gros annonceur déplace son budget publicitaire vers YouTube. Simple question de temps? En fait, tout se jouera sur la qualité et l'originalité des contenus proposés par YouTube. Et dans ce domaine, l'entreprise a déjà de la compétition. En début d'année, Netflix faisait parler d'elle en lançant House of Cards, une série originale destinée exclusivement à ses abonnés et mettant en vedette l'acteur Kevin Spacey. Voilà le genre de gros coup que devra réussir YouTube pour attirer les téléphiles. Qui sait? Dans quelques années, l'on parlera peut-être moins de TVA, de Radio-Canada, de CBS ou NBC, et davantage de YouTube.

Retrouvez cette chronique dans la plus récente édition du magazine Infopresse, actuellement en kiosque.

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